‹ ThéâtreChapitre 2 sur 116 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

moins, presque toutes les larmes avec toutes Ip joies et toutes les douleurs.

L'Interprète rêvée lut toutes ces pièces, connut tous ces drames, pleura sur quelques-uns et ne les joua pas.

J'eus le sort commun de beaucoup, de presque tous les poètes, et en effet quelle trage'dienne, quelle comédienne aussi a jamais fait couler plus d'encre que celle-là ! Combien d'espérances n'a-t-elle pas déçues qu'elle avait fait naître, à combien de rêves n'a-t-el!e pas donné des ailes pour les briser ensuite et de combien de carrières n'a-t-elle pas encouragé, puis arrêté l'essor! La Divine n'avait pas le temps, elle promettait, promettait toujours, mais ne pouvait tenir ses promesses. La Divine se tordait les mains et se désolait de ne pouvoir jouer ses poètes, au fond c'étaient les seuls qu'elle aimait, mais les événements la poussaient, et la Divine, liée par de précédents engagements, jouait tous les ans une nouvelle œuvre de M. Victorien Sardou. La Divine avait de grands besoins d'argent.

Il faut vivre.... et puis ce furent les tournées des deux Amériques, celles de l'Océanie et de l'Afrique centrale. Lntre temps les rêves blessés à mort râlaient le long des routes, les beaux projets s'écroulaient; un tourbillon d'illusions séchées, un fumier de feuilles mortes emplissait les fossés des routes de France, et des poètes crevaient de misère et de chagrin, mais ce n'étaient que quelques auteurs en moins. Le sang des hécatombes est l'encens favori des idoles, le fidèle du culte, immolé sur l'autel, n'a que le droit de bénir le talon du dieu qui l'écrase : la vision finale en extasie les spasmes.

Bref, de tous ces vers inédits et de toutes ces proses composées pour une Seule il ne reste aujourd'hui que quatre drames vieillis, sinon démodés, du moins datés de l'époque où triomphait celle qui les inspira. Pareils à

PRÉFACE

quatre tapisseries anciennes, ces tapisseries laines et soies, où les minutieux artistes du xv" siècle brodaient dans les forêts bleuâtres, assises au milieu de fleurs rigides, des princesses à licornes et des dames en hennin, j'offre aujourd'hui ces quatre drames à Tabsente, quatre trophées, trophées de son passé, du mien et des enthousiasmes effrénés, et des passions démentes, démentes et légitimes que sa jeunesse souleva.

Si ce volume lui parvient au cours de ses pérégrinations lointaines, puisse cette lecture lui rappeler des tempsmeilleurs, et les nuances fanées de mes tapisseries de songe égayer, une minute, la banalité de sa chambre d'hôtel, ces hôtels cosmopolites, bruyants et désespérément mornes des Indes et des Amériques, où elle promène aujourd'hui son existence de princesse de grands chemins!

Jean Lorrain.

CONTE EN UN ACTE Joué au Théâtre de ViEiwrc en Décembre IS9^.

PERSONNAGES

LE CONTEUR Suzanne Després.

MYRDHINN. Max Barbier.

VIVIANE Nina Berardi.

Viciane. — Robe étroite et très loDgiie, vert de mer à arabesques d'argent, épaules et bras complètement nus... La robe d'un ton glauque et verdâtre est relevée sur le devant sur une jupe de brocart bleu pâle brodée de fleurs d'or et de soie rose... Sur les cheveux roux, presque cuivre, libres et flottants sur les épaules, un hennin de toile d'argent pailletée d'or, très haut; double voile en gaze d'argent flottant.' Les bras nus sont chargés de bracelets et d'anneaux d'orfèvrerie précieuse, collier de perles au coL.. Viviane doit être svelte et très blanche, profil très pur, physionomie inquiétante et charmeresse, allures onduleuses.

Myrdlnnn. — Grande robe à larges manches de samit écarlate, bordée de trèfles d'or, nu-tète et nu-pieds. Longue barbe blanche tombant sur la poitrine, cheveux blancs emmêlés et flottants sur les épaules, très grand de taille et très robuste encore... -Air de bieuveillance et de tristesse.

Le Conteur. — Costume dé jongleur, la veste courte, le maillot collant, les cheveux longs et bouclés sous le bonnet florentin.

BROGELIANDE

Page 1