LE REITRE
Tu les entends gueuler? renfonce ton effroi!
(Lore, tombée sur les genoux, se tient immobile, stupide.)
Elle est morte ou se meurt.
(Le reîlre se relire.)
LORE. (Elle se traîne à genoux jusqu'aux pieds du gouverneur et essaie de lui saisir les mains )
Seigneur, punissez-moi, Frappez-moi, soyez juste et sévère. Un abîme Est ouvert sous mes pas, où je roule, victime. Entraînant avec moi dans l'opprobre et l'affront Tous ceux qui m'ont aimée... et ceux qui m'aimeront! Les cadavres saignants sontencore à ma porte... Comme mes amis morts, faites que je sois morte. Je le sais, mon trépas... ne saurait les guérir; Mais au moins verront-ils que j'ai voulu mourir Pour les suivre... Pourtant, sire, ayez remembrance Que je suis femme, jeune et molle à la souffrance! Mon bon sire et seigneur, qu'on me fasse périr... Mais, au nom de l'Amour, sans me faire souffrir!
LE GOUVERNEUR, se dégageant de son étreinte. Il la repousse.)
Allons, as-tu fini de traîner tes mains pâles
Sous les pieds des sergents et de prendre ces dalles
Pour un lit de luxure... Avec ses cheveux roux? Elle croit m'attendrir...
(S'appuyant d'une main sur un juge, au peuple.)
Holà! quelqu'un de vous,
Bourgeois, noble ou manant, assistait-il au crime?
Qu'il avance hardiment et cite la victime,
L'heure, le lieu. J'attends.
(Grand silence.)
Nul ne répond? J'ai dit.
(Il s'assied, la face blême, sur le siège.)
LE BOURGEOIS
Comment! pas un témoin?
LE GOUVERNEUR, assis, entre ses dents.
Peuple idiot et maudit Dont la brutalité s'attendrit à la vue D'un escoffion de perle et d'une gorge nue ! (Au héraut d'arinîs.)
Sonnez les trois appels.
(Le héraut d'armes sonne trois fois; silence de la foule.)
LE GOUVERNEUR
Pas un ne parlera!...
UN SOLDAT, déjà vieux, s'avance.
Si, moi !
LE GOUVERNEUR, se penchant vers lui hargneusement. Qui donc es-tu?
LE SOLDAT, fièrement.
J'e'tais à Monlferrat,
Monseigneur, avec vous. Oh! la chaude journée, La ville par trois fois reprise, abandonnée. Mais mon front y reçut l'entaille que voilà. (Il ôte son casque et montre une cicatrice qu'il a à la tempe.)
LE gouvp:rneur C'est bon !
(Désignant Lore affalée sur les degrés.) Tu reconnais la fille qui ^'ît là?