‹ ThéâtreChapitre 107 sur 116 · LE SOLDAT · texte numérisé non relu

LE SOLDAT

Pauvre biche aux abois dont sonne la curée.

Je vous crois. J'assistais à leur échaufTourée"^

De Toffice, où j'avais soupe ferme avec ceux

De monsieur d'Alencon, comte français d'Evreux,.

Car monsieur votre fils, pardon, si je le nomme,

En avait mené dix, comme lui gentilhommes

A souper chez l'enfant... Les brocs étaient vidés-

Et l'on allait partir... Un maudit coup de dés

Qui devait décider de la nuit de la belle

Et de qui resterait, amena la querelle,

Car la fille est tournie à faire des jaloux.

De propos en propos comme on en vint aux coups^

Monseigneur le conçoit... or, comme la bourelle

S'épeurait, on sortit pour causer sans chandelle .

Ils vinrent tous les dix au pied de l'escalier.

Et chargèrent... Mort-Dieu! quel cliquetis d'acier î

J'en .avais chaud au cœur... la fille à demi morte,

Elle, clamait à l'aide, au meurtre, à moi, main-forte.

Beaux cris... page et valets, léchant en haut les plats,

N'avaient cure en effet de courir au trépas!

Et voilà .. Qu'aujourd'hui la pauvre enfant s'accuse,.

Je m'y perds : ses galants la tenaient fort recluse;

Elle vivait à ToDibre et ne sortait qu'aux jours

De fêtes... on la croit sujette au mal d'amours

Ou du moins les bourgeois le disent par la ville.

Pour moi, je la crois folle et de mœurs incivile,

Mais incapable, hélas! de chagriner autrui;

Bien au contraire... Enfin, qu'on Taccuse aujourd hui,

Moi je Tai toujours plainte et je la plains encore.

DES VOIX, dans la foule. «

Ohé! le Gouverneur, rends-nous la belle Lore! Rends-nous la belle fille!

D'AUTRES VOIX

Et toi, bravo, soldat Qui parles sans trembler et dis vrai!

LE GOUVERNEUR, entre ses dents.

Renégat

Dont quelque heureux amant a payé le génie

Inventif.

(Se penchant sur Loreley.)

Tu Tentends, lille d'ignominie, Ce peuple affreux t'absout, le blasphème éclatant De ta beauté lui plaît, retourne où Ton t'attend. Mais non pas où tu crois, ribaude, pas au bouge Où le sang frais versé fait ta lèvre plus rouge. Tes yeux plus clairs, ton sein plus ferme et plus nacré ! Laisse enfin aux parents le troupeau massacré Des frères et des fils; à nos larmes amères Laisse enfin nos chers morts : le désespoir des mères T'interdit de rester dans la ville un instant De plus; relève-toi, retourne où l'on t'attend. Tes crimes ne sont pas de ceux qu'un honnête homme Peut juger; hors d'ici, sorcière! c'est à Rome,

EJSNOÏA 287

Au fond des in-pace, sur un biiolier bénit,

Qu'il faut aller, pieds nus, pur;j;er ton cas maudit!

Va-t'en, ne croupis pas plus lonj;temps sur ces dalles.

LORK, à genoux.

Seigneur, ayez pitié, j'ai peur...

LE GOUVERNEUR

Les faces pâles

Des trépasse's t'effraient.

(Saclressant aux reitres.)

Allons, dispersez-vous.

(L?3 reîtros s'en vont et laissent Lore seule.) (Le gouverneur sadressaut au peuple et lui montrant Lore :')

Peuple, je l'abandonne à ton juste courroux.

(Il rentre dans la salle du conseil, suivi par tous les juges. Lore, qui s'est brusquement relevée, les yeux hagards, en proie à l'épouvante, est soudain entourée et appréhendée au corps par la foule.)

DES VOIX, l'une après l'autre.

Un te tient donc enfin ! Au gibet la sorcière I

LORE

Par pitié...

UNE VOIX

Par pitié? me rendras-tu mon frère?

UNE AUTRE VOIX

Je n'avais qu'un seul tils, beau, jeune, aimant, heureu.\; Qu'en as- tu fait?

LORE, grelottant.

Pitié!

PREMIER BOURGEOIS, à lautre.

Partons, c'est trop affreux.

DES VOIX

Au bûcher!

D'AUTRES VOIX

Au gibet!

UNE VOIX, les dominant toutes.

Non, à la cathédrale!

UNE VOIX

Chez rÉvêque.

UN BOURGEOIS

Écoutez.

Page 1