‹ ThéâtreChapitre 19 sur 116 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

ANTIGONE, MYRHLS

MYRHUS, à Antigone.

Toi, nourrice, un moment.

Elle pleurait?

ANTIGONE, redescend vivement le perron, près de Myrhu?

Tremblante et, symptôme alarmant, Elle parlait d'amour, de baisers : comme un songe La terrassait.

MYRHUS

. Apprends que tout ceci me plonge Dans la joie, Antigone, et que depuis longtemps J'attendais cette fièvre heureuse du printemps, L'heure du premier trouble et des premières larmes. Tout mon esprit renaît; ce qui t'emplit de larmes M'enchante... Ah! que de fois j'ai maudit en secret Le calme de ce front sans rêve et sans regret. Yanthis enfin pleure, Yanthis est sauvée! Dans des larmes d'amour sa prunelle lavée Peut éclore et guérir.

(Montrant Ttiabitation.)

Là, tout à l'heure encor, Je feuilletais ému les vieux textes d'Eudor, Ceux de Pline le jeune et de Gerbert le pape. Tous concordent ensemble avec ceux d'Esculape :

(Il prend la main d'Anligone et l'amène sur le devant de la scène.)

Baignés de belladone et d'aster chaque soir, Les pauvres yeux éteints pourront enfin y voir, Si, quelque jour de joie emplis de larmes douces, Ils sont frottés d'un suc d'ache et de fleurs de mousse (Une fleur assez rare et qui dans ces forêts Doit croître au pied du chêne; en tout cas, je l'aurai.) « Enfin, ajoutent Pline et Gerbert l'alchimiste. Plus le malade est jeune et moins le mal résiste. » La puberté naissante aide à la guérison. Comprends-tu maintenant ma joie?

ANTIGONE

Ah! sans raison Je vous ai soupçonné, !\Iyrhus. Une servante ^ ses peurs. Mais ce roi Léontès m'épouvaute,

YAÎSTHIS 71

MYRIIUS

Mais Léontès lui-niôine, obsfidé de remords,

A réparer sou crime a mis tous ses efforts.

Il veut rendre la vie à ses yeux froids et blêmes.

ANTIGO.M']

Lui rendra-t-il sou père égorgé"?

MYRUUS

Tu blasphèmes!

ANTKiOxN'E

Myrhus, lui rendra-t-il les ciels clairs et joyeux De son enfance obscure, et grâce à lui sans yeux? Les pauvres yeux navrés dans Thorrible incendie?

MYUIIUS

Ah! ne revenons pas sur cette trage'die ! Depuis treize ans déjà le roi Dion est mort. Léontès règne, lui! Qui des deux avait tort? Néanmoins Yanthis survit.

ANTIGONE

La peur d'un crime

A retenu son bras.

MYRIIUS

Soit, mais douce victime D'une guerre royale et tète d'un parti Qu'en la faisant périr il eût anéanti, Léontès depuis lors l'a fait dans cet asilo

Elever par nous deux, et là, calme et tranquille, Yanthis ignorante, heureuse et sans soupçon, D'un hasard que je tiens attend la guérison. Si ses yeux se rouvraient, que dirais-tu, nourrice?

AXTIGONE

Puissiez-vous dire vrai, Myrhus ! qu'elle guérisse! Moi, je n'ose espe'rer.

MYRHUS

Espère... Pour fleurir Les halliers, il suffit d'un souffle, et pour guérir Les yeux clos d'Yanthis, il suffit d'une larme. Le guérisseur Amour opérera Je charme.

Mais retourne auprès d'elle, et de mots caressants Berce son âme vierge, en effleurant ses sens. Éveille le passé dans sa jeune mémoire. Va, comme au temps jadis conte-lui quelque histoire D'amour, où l'héroiae épouse un fils de roi. Ce soir je le permets.

ANTIGONE, baisant la main de Myrhus.

Seigneur, pardonnez-moi.

J'ai pu douter de vous.

MYRHUS, lui posant la main sur le front.

Va, Myrhus te pardonne.

Aimer trop, c'est aimer presque assez.

VOIX D'YANTHIS, iv l intérieur.

Antigène l

YANTHIS 13

MYRHUS

Va, rentre.

ANTIGONE, monlaal precipitu.ument le perron.

Me voici.

(Autigonc rentre dans l'habitation. Durant le monologue de Myrhus, une des fenêtres doit s'éteindre et une seule doit demeurer éclairée, mais faiblement)

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