SCENE V
MEGGIROUDE, ODONILDE, GOSSINE, LONGCHET
Elles sortent chacun? da leur cachette et viennent se grouper en cercle devant la scène.)
ODONILDE Et que vous avais-je dit ?
COSSINE
C'est un vrai chérubin. Je me tenais à quatre pour ne pas lui caresser le menton de ma main de lépreuse... Contagieux comme moi, il serait parfait.
ODONILDE
Non, car il te ressemblerait, goule à face de plâtre ! — Avouez toutes que c'est un joli seigneur.
MEGGIROUDE
Il ira loin.
ODONILDE
Oui, ce cher Rotterik nous promet un beau règne quand il aura empoisonné son père.
COSSINE
Je lui fournirai volontiers le breuvage.
ODONILDE
Parbleu! i Désignant Gossine aux autres.) Je crois que sa vieille carcasse flambe pour le beau sire.
MEGGIROUDE, riant.
Veux-tu que je te vende un philtre, Cossine ?
LONGCIIET, à Odonilde.
Et la pucelle qu'il amène et dont il va faire une gouge en beau ruftian qu'il est, encore une future sorcière dans quelques dix ans d'ici ..
ODONILDE
Oh! cela sûrement; je vous ai dit que c'est un complice. La petite oiselle effarée, encore une suivante de sa mère qu'il a détournée et séduite. C'est le plus fin débauché du royaume, aucune (ille ne lui dit: non.
COSSINE
Et la Reine l'adore, ce beau fils d'amour!
ODONILDE
Elle le craint. C'est l'épervier dans la volière ; toutes les femmes de sa suite, jeunes ou vieilles, il les lui prend. Les vieilles dépérissent comme Cossine parce qu'il ne daigne les voir ; les autres, il les engrosse ; mais, paix ! nous bavardons et déjà on ne distingue plus la fleur rose des bruyères, c'est la nuit frôleuseet complice de nos enchantements. Adieu, nous nous retrouverons ici dans une heure, au lever de la lune sur la lande, adieu!
MEGGIROUDE
Et tu vas !
ODONILDE
Uetrouver la Reine à la poterne, à la petite poterne de la cour du Sud; j'en ai bien pour deux heures à l'amener
ici: Une danse de fée sous chaque gibet pour y faire germer la racine affreuse.
MEGGIROUDE
La racine liideuse.
COSSINE
La plante d'oubli, l'herbe d'agonie.