‹ ThéâtreChapitre 65 sur 116 · SCÈNE YI · texte numérisé non relu

SCÈNE YI

LA MENDLVNÏE

Eh, eh! elles s'ensauvent, mais n'éviteront point pour ça leurs destinées. J'aurais pu cependant dire à la petite quel ^Tos chagrin elle berce et nourrit dans son cœur, eh, eh, eh! Nous avons tous au profond de nous-même un vilain rêve qui suce et pompe notre sang, et c'est le crapaud sous la pierre que nul n'ose soulever et dont l'ensorcelée meurt sûrement.

Dans le sang tiède et 1 huile verte La racine dormait inerte Auprès du morne sablier.

Dans le sombre vase enfermée; On la croyait inanimée ; Il ne fallait pas s"y (ier.

Eh, eh, eh! ils m'en veulent tous parce que je lui ai procuré la racine; elle me l'avait demandée; elle voudrait aujourd'hui se délivrer du charme ; ils sont tous ainsi. Ils ont tous hâte de rompre le cercle étoufTant du sort, comme si le Mauvais lâchait la proie qui s'est donnée à lui.

LA MANDRAGOUK ISIi

La nuit, ù la feoctre ouverte

La racine baif,'nait oUerte

Au clair de lune; et sur les bords

Du bocal, une forme humaine

Se hissait grimaçante, obscène,

Aux bras palmés, aux membres tors.

Le maître-mire et le me'decin du chûteau croient soula|j;er sou mal par ce pèlerinage, eh, eh, eh, ils ont été avisés. Ils ne savent pas ce que cette cérémonie leur prépare! (Voyjiutqiie le rabatteur lobscrve :) Oh, oh! il me semble que ces yeux-là m'épient; (poiuiaut nu doigt vers lui:) tu dormiras. (Lo rabatteur elïrayo veut faire un geste, mais il tombe à la reuverse et s'endort.) Encore un, qui n'ira pas rapporter mes faits et gestes au château, mais voici justement nos deux maîtres guérisseurs, don Marius de Lyden et notre chapelain.

(Elle se tapit dans un taillis. Entrent le médecin et le chapelain.)

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