SCÈNE VIII
LA MENDIANTK, seule.
Arrière, sorcière... le chanvre n'est pas encore semé' qui tressera la corde pour me pendre, tandis que je tiens dans mes ^'riffes toutes les mailles du filet où se débat l'âme de vos puissants maîtres, (l^rètant loreille à des sonneries de cor. Comme si c'était par hasard que le prince Rolterik chasse aujourd'hui en forêt! (Elle chante.)
Couleur d'eau saumâtrc et de rouille, Tantôt c'était une «grenouille, Tantôt un corps d'enfant mort-né, Et d'affreux êtres sans vertèbres Rôdaient la nuit dans les ténèbres Du vieux manoir halluciné.
Eh, eh, eh! (Elle ricane, pointe son doigt vers le fond de la forêt, tourne trois fois sur elle-même et disparaît; la scène reste vide)
(Le bruit des cors redouble; une créature difforme et repoussante apparaît au fond du théâtre à la place désignée par la mendiante; ni femme et ni crapaud, elle s'avance moitié rampant, moitié marchant, à la façon d'un être humain et donne les signes d'un violent désespoir. Les cors se sont tus; parfois elle s'arrête et prête l'oreille comme pour écouter, elle joint ses pattes, nuis les lève au ciel et semble chercher un endroit où se cacher; elle a autour de la tête une couronne de nénuphars et d'iris noirs comme celle de la princesse. On entend un bruit de pas, la bête effarée se cache précipitamment derrière un tronc d'arbre,
Entrent la reine Godelive, dame Raimbaude et une suivante.)