‹ ThéâtreChapitre 95 sur 116 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

MOROLD, montrant au peuple Genèvre et Geryn.

Enfin, qu'avais-je dit? regardez tous. L'a\eu De la faute est flagrant, et la couche adultère S'ouvre assez étalée à vos yeux ! Le mystère Est percé comme une outre et je n'ai pas menti :

(Désignant Geryn.) Elle avait pour amant ce parjure.

GERYN, mettant la main à son épée.

Il a dit ?

GENKVRE, à Gcryn.

Laisse donc le crapaud baver en paix sa bave. Morold est un bâtard, sa mère était esclave. Les coups jadis reçus excitent son émoi.

MOROLD, à Genèvre.

Et ma vieille rancune ulcérée a vers toi

Conduit ces gueux, ces preux, ces gens, cette canaille

Que ton stupide orgueil de femme affronte et raille.

Mais on te brisera, femme, comme un roseau!

Où donc est ta quenouille, où donc sont tes fuseaux ?

Ces étoffes de pourpre et ces coussins de soie

Sont le luxe insolent d'une fille de joie,

Et, tandis que mon roi, mon maître et ton époux,

Défend notre frontière, au milieu des bijoux

Et des vases d'agate et d'ambre diaphane,

Tu reçois un amant et fais la courtisane.

GERYN, se précipitant sur lui, l'épée haute.

Toi, tu en as trop dit.

(Morold, d'un coup de masse de fer, brise l'épée de Geryn. Des cavaliers entourent Morold de leurs boucliers.)

MOROLD, à Geryn.

Holà, bel écuyer, Qui donc consentirait sans rougir à croiser Son fer avec le tien, maintenant que parjure A tes serments, félon et dégradé, l'injure De mignon de couchette et de beau favori Te sied comme un gant neuf! En effet le mari, Te croyant ami sûr, te l'avait confiée. Car on vantait alors ta gloire irradiée,

Sans tache et ton honneur avec ta loyauté ;

Geryn, le fier, le chaste, était le preux cité.

Honneur aventureux, loyauté mal trempée,

Ame d'acier fragile ainsi que ton épée,

Trois mois avec la dame aux beaux yeux que voilà

Un regard, un sourire ont détruit tout cela î

Serments au roi ton maître, honneur, humeur farouche

Ont fondu comme neige au souffle de sa bouche,

Et maintenant, opprobre errant, honni de tous,

Ta pauvre âme en;^luée entre les cheveux roux

D'une femme infidèle et fausse, l'adultère,

Comme un vivant remords, dans ton cœur solitaire,

Tu vivras désormais méprisé, triste et seul.

Ton honneur à jamais cousu dans le linceul

Qu'auront tissé ces mains, ces yeux et cette bouche...

Et les femmes fuiront la honte de ta couche,

Car tu seras pour tous un traître renégat!

Mais va-t'en, j'ai pitié de ton front morne et las;

Un autre châtiera ton crime et ta faiblesse.

Mais va-Uen, ta présence accuse ta maîtresse.

A ton tour aie pitié de ce corps accablé

De douleur, et devant ce peuple rassemblé

>'e crie pas plus longtemps et ta faute et la sienne.

Va, le passage est libre... et la demeure ancienne

Où tes vieux serviteurs ne te connaîtront plus

Attend et tes remords et tes pleurs superfias.

(La foule s'écarte en silence devant Geryn hésitant.)

GENÈVRE

Va, je te rejoindrai.

(Geryn sort.)

EfîNOlA

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