SCÈNE IV
MOIIOLD, GENÈVUE
MOROLD, railleur.
Toutefois, pas encore.
Son Altesse royale attendra Lien l'aurore Du retour annoncé du roi.
GENÈVRE
Gomment, déjà
MOROLD
Tu Tas fait prévenir?
Non, Ratbert que voilà, Le courrier du palais va partir pour Scyone.
GENKVRE
Qu'il parte.
MOROLD
Tu souris et, comme une lionne, Tu rugis de sentir autour de ton orgueil Les barreaux d'une geôle et le froid d'un cercueil •Car ce peuple en courroux, que regardent à peine Tes yeux, réolamera, lui, la mort de la reine Adultère. La reine, en trahissant son roi, Trahit la dynastie, et le peuple a son droit Qu'il n'abandonne pas, lui, fort de la rancune De tant de maux soufferts jadis... Et ta fortune Est toute entre ces mains de bâtard que tu hais, Pauvre femme enfin prise aux mailles de nos réls,
Car moi seul, entends-tu, de ton ignominie
Ai déchiré le voile, et si dans Tagonie
Tu te débats ici, c'est pour mon seul plaisir.
On dirait que ta voix de'faille de désir!
MOROLD
Tu dis?
GENÈVRE
Que la luxure est une ardente lave !
Prends garde à loi, Morold... Mais que m'importe, esclave, Ta présence et ce peuple à mon seuil entassés ? L'avenir ne m'est rien, puisque j'ai le passé. J'ai connu les baisers de l'homme que j'adore, Son souvenir m'étreint et me possède encore Et ma chair frémissante est encore avec lui. Depuis qu'il n'est plus là, tout est mort, tout a fui Et mon rêve enivré n'est plus de cette terre.
MOROLD, la montrant au peuple.
Vous tous, vous l'entendez proclamer l'adultère, Glorifier sa faute et, relevant le front. Salir encore Arthus de ce public affront.
GENÈVRE, s"adressant au peuple.
Eh bien oui, tête haute et librement j'avoue
tt pas une rougeur n'empourprera ma joue.
Un homme s'est trouvé qui m'a plu follement,
Je l'ai pris devant Dieu pour maître et pour amant.
Subir l'affreux amour d'un homme qu'on abhorre,
Pour moi le crime est là, mais l'être qu'on adore.
EKNOIA 253
Lui seul a droit sur moi de vie et de trépas. J'ai trompé votre roi, mais je ne l'aimais pas. Un seul homme a rempli, fleuri toute ma vie! La caulèle rampante et la haineuse envie D'un lâche ont sur mes pas dressé la trahison ; (Montrant Morokl.)
Sans l'homme que voilà je serais sans soupçon Et la fj;loire d'Arthus resplendirait sans lâche. Le peuple choisira de l'amante ou du lûche !
MOKOIJ), s'avançaut vers elle.
Ah!
UNK VOIX, dans la fuule.
Laissez-la parler.
UNE AUTRE VOIX
A bas !
DES VOIX
Elle a raison.
UNE VOIX
Ce Morold est un fourbe.
MOROLD, menaçant à Genèvre.
Ah! langue de poison!
(Haussant les épaules.)
Et ce peuple idiot qui maintenant l'acclame !...
(Se tournant vers la foule.)
Tous hors d'ici, hormis vous quatre.
(Il fait signe à quatre hommes de rester. Murmures du peuple qui se relire, la tapisserie du lond retombe. Genèvre et Morold restent seuls avec les quatre hommes.