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DEUXIÈME TABLEAU

LE CONTEUR

La Bretagne est en sang. L'époux, prince outragé,

A forcé dans son burg l'amant, il a vengé

L'injure faite au trône en traquant, comme un fauve,

Par les champs et les bois, le favori d'alcôve.

(ieryn pour se défendre a rassemblé les siens,

Ses vassaux, à son aide appelé les païens.

Et, depuis six longs mois, la guerre et la famine

Dévastent le pays atterré, qu'illumine

Un rellet d'incendie à toute heure allumé.

On dit la reine au fond d'un cloître à tous fermé.

Entre Arthus et Geryn la haine âpre, acharnée.

Vient de livrer enfin sa dernière journée,

La panique est au camp de Geryn, tous ont fui

Et sur le champ des morts, où lente vient la nuit,

Pas un pleur ne se plaint, pas une ombre ne bouge.

A l'horizon tragique, au loin, saigne un ciel rouge.

(Le théâtre s'éclaire et laisse voir une plaine jonchée de cadavres. A droite, un monticule où s'entasse un monceau plus compact de morts; un ciel rouge, tragique, enflamme tout l'horizon assombri: au zénith, comme une lueur de sang baigne le champ de bataille.

(La scène est vide)

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