‹ ThéâtreChapitre 99 sur 116 · SCENE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIÈRE

DEUX TRAINARDS, puis GENÈVRE et ONFROY

UNE VOIX éteinte.

A boire!

(Entrent deux traînards, l'un soutenant l'autre.)

PREMIER TRAINARD

Encore un pas, courage !

SECOND TRAINARD

Est-ce encor loin ?

PREMIER TRAINARD

Marche toujours, allons.

SECOND TRAINARD

Ah! je meurs ; mon pourpoint Est tout trempé de sang. Laisse-moi.

(Il s'arrête )

PREMIER TRAINARD

Mais encore!...

SECOND TRAINARD, «'affaissant à terre.

Laisse*moi mourir là !

PREMIER TRAINARD

Pauvre ami !

(Il sort. Silence.)

UN BLICSSK^ se soulevant sur les mains.

C'est laurore...

Le ciel est rose.

(Il relombe el meurt en rAlant).

UNE VOIX

A boire!

(Eutrc GenôvTe, enveloppée d'un grand manteau d'homme, suivie d'Oufroy.)

GENÏOVRK. (Elle b'arréle à gauche.)

Ah! ne me quitte pas.

Mon vieil Onfroy, j'ai peur. Mes pieds à chaque pas Trébuchent dans le sang! (Une pause.) Quel silence farouche! Quelle affreuse stupeur a figé dans leur bouche Le cri qui l'ouvre encor et leurs yeux! quelle horreur! Ces morts, comme il y en a! ma honte et ma terreur Crandissent en songeant qu'un baiser de ma lèvre A jonché ce charnier et qu'une heure de fièvre...

UNE VOIX

J'ai soif.

GENÈVE, terrifiée.

On a parlé.

ONFROY

C'est quelque agonisant.

GFNÉVRE

Où donc?

ONFROY

Bast, ils sont trop !

GENEVRE

Du sang, toujours du sangl

(Elle piétine en reculant.)

Il rejaillit sur moi, partout il m'éclabousse.

UNE VOIX faible, chantant.

L'amie, ô gué, que j'aime est une belle rousse...

GENÈVRE

On appelle?

ONFROY

Oh ! pas même, un souvenir d'amour Dans un râle, un pauvre être en mourant qui...

GENÈVRE

Toujours L'amour, lléau sinistre, aveugle qui dévore! Ces hommes en mourant se souviennent encore ! Se souvient-il au moins, lui? Dans ce cloître obscur L'amour hantait encor le cœur austère et pur Des nonnes, et j'ai su... Mais, Onfroy, ta main tremble ; As-tu peur maintenant? Viens et cherchons ensemble.

ONFROY

Quelqu'un... ne parlez plus.

'Il lui montre trois hommes qui passent au fond de la scène en se penchant sur les cadavres.)

GENÈVRE

Ils ont des colliers d'ors

Entre leurs mains. Ce sont?

Des voleurs de cadavre.

ONFROY

Des dépouilleurs de morts,

GENÈVRE, les regardant.

Oh ! regarde, ils soulèvent Un blessé dans leurs bras. Que font-ils?

ONFROY

Ils Tachèvent.

GENÈVRE, se serrant contre Onfroy.

Partons, Onfroy, partons! J'ai peur, c'est trop affreux .

ONFROY, montrant les morts.

Et si mon doux seigneur, madame, était entre eux? (Genèvrc s'arrête, les hommes ont disparu.)

GENÈVRE

Geryn parmi ces morts et ces blessés, ton maître Agonisant dans Tombre et m'appelant peut-être, Qui sait? me maudissant?

ONFROY

Vousl

GENÈVRE

Moi. De tous ces morts Monte un relent de crime, une odeur de remords Et devant ce ciel rouge et ce vaste ossuaire Je sens autour de moi s'épaissir un suaire. Mon âme jamais plus n'aimera maintenant, Une tombe est en moi be'anle.

(Morold, entré depuis quoique temps par la droite et qui l'observe, se place tout à coup devant elle.)

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