‹ ThéâtreChapitre 120 sur 156 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Lncette répond par un refus formel. Elle aime mieux voir celui quelle aime subir la loi rigoureuse du sort.

Vincent inquiet, préoccupé de ce que Narcisse etLucette peuvent se dire, s'est rapproché d'eux.

Il comprend ce dont il s' agit, écarte violemment Lucette et se place entre eux.

Jamais il n'acceptera pareil marché. Il aime Lucette. Lucette l'aime. Leur foi est engagée. Après tout, il ira à l'armée, il n'a pas peur. Il préférerait mourir que de savoir Lucette à un autre.

i. Narcisse lutte encore pendant quelques instants, mais sans le moindre succcs.

Lucette et Vincent demeurent inflexibles.

Surviennent les conscrits du village. A leurs chapeaux des nmnéros et des flots de rubans.

On dresse des tables et on apporte des gobelets et des pichets.

1)1 riolon et un biniou s'installent sur une planche que soutiennent deux barriques.

Les danses commencent.

Lucette est restée seule dans un coin.

Landry vient inutilement l'inviter à prendre part an divertissement.

Elle refuse; elle n'a pas le cœur à s'amuser.

Narcisse et les autres }ie sont pas plus heureux.

]'incent, qui n'a pas dansé non plus, se rapproche d'elle.

Il lui prend les mains tristement.

Lucette lui renouvelle son serment.

De son côté, Vincent lui promet de l'aimer toujours.

Elle détache alors une petite fleur de son corsage, la donne à Vincent qui l'embrasse et la serre sur son cœur.

Soudain on entend au loin le roulement du tambour qui annonce le départ.

Les danses s'arrêtent. Des couples se forment.

Les amoureux son t désolés. Lis écJtangen t des soucen irs.

Puis, l'un des conscrits s'avance sur le devant de la scène et chante la Marseillaise qui est reprise en chœur par tous les assistants.

Mais le tambour reparait et bat de nouteau.

Les conscrits s'arrachent aux dernières caresses, prennent leurs petits paquets qu'ils fixent au bout d'un bâton.

Lis défilent, musiciens en tête, et se retournent encore avant de sortir, pour emoijer des baisers à leurs amoureuses qui pleurent.

Le petit gamin qu'on a déjà ru est en tête des conscrits, sabre de bois à la main et bonnet de police en papier sur la tête.

Lucette et Narcisse sont restés seuls.

Lucette suit toujours des yeux Vincent déjà loin. Elle agite un mouchoir blanc.

Narcisse se tient près d'elle.

Pauvre fille ! Peut-être l'oubliera-t-elle ! Il est parti. Qui sait, peut-être mon tour viendra. Je l'aime tant !

Le bruit de la musique qui s'éloigne s'éteint peu à peu.

Lucette, qui était montée sur la margelle du puits, est prise d'un tremblement.

Elle ta défaillir ! Peut-être tomber dans le puits !

Narcisse se précipite vers elle, la prend dans ses bras et la porte sur le banc, en lui frappant daits les mains.

Il parait désolé.

Elle Taimc bien ! dit-il avec un geste de désespoir.

Page 1