SCENE PREMIERE
l'abbé C'est possible!... Il ne saurait dans tous les cas le dire avec plus d'âme que vous. Laissez-lui donc chanter le premier puisqu'il le préfère.
ESTELLE
Non, monsieur l'abbé. Si je vous disais le vrai motif de sa préférence...
FLORESTAN
De grâce, dites-le ! Je serai heureux d'en être instruit moi-même.
Ne faites donc pas l'innocent. Il y a de par le monde certaine coquette de votre connaissance qui semble apprécier vos talents plus que de raison. Votre romance de prédilection est précisément celle f[iii a riinur de la charmer, et j'ai encore dans l'oreille les louanges outrées qu'elle a eu l'audace de vous prodiguer en ma présence.
FLORESTAN
De qui voulez-vous parler ?
E.STELLE
Vous le savez aussi bien que moi. Inutile de la nommer. Or, comme elle sera demain chez la duchesse, je veux lui épargner la peine de se répéter.
FLORESTAN
En vérité, ma chère amie, vous perdez le sens. Par des suppositions malséantes, vous offensez grafuitemeiit une femme digne do tous les respects.
ESTELLE
Vous prenez sa défense ?... .V merveille !...
FLORESTAN
Ne peut-on être aimable sans être déshonnête ?
ESTELLE
Votre admiratrice, mon cher, a la réputation d'une fiefïée coquette, et votre insistance à lui complaire m'afflige beaucoup. Si dans tout ceci, enfin, l'une de nous deux a le droit de se dire offensée, c'est moi !
Je vous en prie, l'abbé...
l'arhé Ah! mais non, en voilà assez... Depuis une lieure, vous me faites jouer un rôle ! ... Je prends mon chapeau.
ESTELLE
De grâce, ne nous quittez pas !
l'abbé Mais...
ESTELLE
D'ailleurs que mes soupçons soient justes ou non, il me semble qu'un désir de ma part devrait prévaloir sur toutes autres considérations, que mes caprices enfin valent bien ceux d'une étrangère, n'est-ce pas, monsieur l'abbé?
l'abbé Madame, je me suis déjà récusé comme arbitre. Vous ne voulez céder ni l'un, ni l'autre, l'affaire est entendue. îl y a cependant un mojen de vous mettre d'accord.
FLORESTAN
Lequel ?