SCENE TROISIEME
PHILIPPE, à Raoul.
Vas-y, poseur !
ItAOUL
En me défendant de prononcer un seul mol, vous ne m'interdisez pas de desserrer les dents et de me parler a moi-même ?
SUZANNE
Non, pourvu que je ne vous entende pas.
PHILIPPE
EIî bien! et moi?... Est-ce quil ne me sera pas permis de me gratter le nez, si j'en ai envie, ou de me moucher, si j'en ai besoin ? 11 y a des gestes nécessaires...
RAOUL
Contre lesquels il n'y a pas de loi.
SUZANNE
Daccord ! Mais tâchez de les éviter et faites en sorte que je ne les voie point... C'est tout?
PHILIPPE
Un mot encore. Me condamnez-vous à parler pendant trois heures, sans boire ?
SUZANNE
Non. Firmin a des ordres. Vous serez servi dans un instant. Je ne veux pas non plus vous imposer le supplice de demeurer constamment debout. Vous aurez le droit de vous asseoir et de vous lever, quand il vous plaira.
HAOUL et PHILIPPE, ensemble.
Ail 1... merci !...
SUZANNE
Enfin, vous serez chacun à votre tour sur la sellette, ' Pendant que l'un s'exprimera par le geste ou la parole, il sera loisible à l'autre de se reposer.
RAOUL et PHILIPPE, ensemble.
A la bonne heure !
SUZANNE
Et maintenant, commençons 1... Je frappe les trois coups, comme au théâtre. (Elle frappe trois coups avec ses mains.) A vous d'abord, monsieur Philippe ; je vous écoute. Je m'assieds ici. (Elle s'assied presque au milieu de la scène, à gauche de la table.) Placez-vous à droite de la table ; vous, Raoul, par ici, près du guéridon.
Philippe et Raoul se résident à la place qui leur est assignée.
Très bien ! Maintenant, ne bougeons plus !
PHILIPPE
Ce guéridon figurant ma tribune, permettez-moi de poser ma main dessus.
SUZANNE
L'attitude est bonne, n'est-ce pas, Raoul ?
Raoul exprime qu'il n'est pas de cet avis.
Si maître Raoul en a une meilleure à m'indiquer, je suis prêt à la prendre.
Raoul fait un signe de dénégation.
Je l'engage à se regarder ; il a l'air d'un de ces magots de porcelaine dont le balancier fait hocher la tête. Raoul, furieux, exprime qu'il va se fâcher.