ACTE I, SCliNE II
LE CHEVALIER
Hh! qui ne connaît le moderne Juvénal, le bon «écrivain royaliste, dont le style ne cesse de transpercer hi clique révolutionnaire!... Vous n'avez pas de lecteur plus assidu que moi. Je pourrais vous réciter le dernier numéro du journal que vous avez édité en pays allemand. Avec quelle verve vous y conviez l'Hurope à rétablir l'ordre en France ! Et que votre respect est pressant pour fiùre entrer en campagne la tzarine, le cabinet de Saint-James, la Prusse, la Suède, l'Espagne, et jusqu'à Sa Majesté Sicilienne !
En vérité, monsieur, je me félicite de vous avoir rencontré.
LE CHEVALIER
Je vous croisai déjà, ces derniers temps, sur les bords du Rhin, quand vous quittiez le comte de Provence pour vous rendre à Coblentz, chez le comte d'Artois... Puis-je vous demander si c'est une mission de nos princes qui vous a conduit dans cette capitale?
SULEAU
Ma mission, c'est moi seul qui me la suis
THEROIGNF. DE MERICOURT
donnée. Je suis accouru, à franc étrier, pour dire ici, toute chaude, l'émotion qui m'a pris devant l'état où on laisse le pauvre camp des émigrés!... Tant de braves gentilshommes s'y sont rendus, dans l'espoir que, dès le lendemain, ce serait la bataille, et qu'ils allaient, sans rémission, vaincre ou mourir pour la foi monarchique! Si, d'un mouvement stoïque, ils ont quitté leurs affections et leurs biens : parents, châteaux et terres, c'était pour revenir bientôt dans une grande expédition de chevalerie, qui replanterait partout la bannière des droits immémoriaux et des légitimes honneurs !
LE CHEVALIKR.
Oui ! l'on apercevait cela !
Mais, avec la négligence du souverain d'Autriche à secourir Louis XVI, son beau-frère pourtant, la petite armée française a manqué des troupes d'appui qui lui étaient indispensables. Alors, elle s'est énervée dans l'inaction. Le découragement et la mollesse ont pénétré les rangs. On intrigue ; on se console de l'indigence par la galanterie. Une favorite trône dans une cour improvisée!... Bref, j'ai ainsi exposé