‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 123 sur 220 · M A D A M E C A M PA N · texte numérisé non relu

M A D A M E C A M PA N

Eh bien! aujourd'hui, 9 août, c'était la date fixée pour la discussion sur la déchéance de Louis XVL D'après vous, n'est-ce pas bon signe que l'on ait ajourné ce débat ?

JARJAYES

Faites comme moi, madame Campan : mettez dans vos poches ce que vous avez de précieux. Cette nuit, ou demain matin, la populace va se ruer sur les Tuileries.

MADAME CAMPAN

Mais, monsieur, le château résistera?... Le roi est là pour nous protéger !

26o TIIÉR OIGNE DE MÉRICOURT

JARJAYES

Nous ne pourrions être sauves que par sa vigueur; et c'est la seule vertu qui lui manque !

MADAME CAMPAN

Mon Dieu! mon Dieu!... Ces Parisiens que, tant de fois, j'ai vus si facilement joyeux, si prompts à s'attendrir!... D'où leur viennent, à présent, ces accès périodiques de fureur?... Qui donc leur souffle tant de haine contre le plus paternçl des maîtres ?

JARJAYES

Madame, il y a dans l'Assemblée, il y a dans les clubs, il y a partout, de terribles raisonneurs qui démontrent que les frères du roi sont allés soulever l'Europe contre la nouvelle Constitution française. Les souverains de Prusse, de Bohême et Hongrie, viennent de proclamer, dans un manifeste insensé, qu'ils franchissaient notre frontière, rien que par amitié pour le Roi, et contre son peuple. Les ministres qui avaient un peu la confiance populaire ont été congédiés. Leurs successeurs, qui sont au goût de la cour, n'opposent que dix mille hommes d'un côté, vingt mille de l'autre, aux cent mille Prussiens et aux cent mille Autrichiens arrivant

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