LE DOMESTIQUE
Mme Vilard-Duval est sortie.
MARIANNE
Sans m'avertir?
LE DOMESTIQ.UE.
Pendant que M, Le Breuil était là, elle a dit
A C Ti: I , s C È N E V 2 J
de ne pas déranger Madame, et qu'elle emmenait promener monsieur Louis.
MARIANNE
Bien.
(Le domestique sort.)
Quelle chance !
MARIANNE
Oui, si ma mère ne rentre pas trop tôt la situation est simplifiée. Mais il me reste, vis-àvis de moi-même, à m'accommoder d'un rôle qui me déplaît au delà de ce que je peux dire !
PAULETTE
Tu en exprimes assez par le ton que tu mets !
MARIANNE
Mais aussi, ma chère, depuis le temps que nous sommes liées, tu ne devrais pas ignorer combien je suis rebelle aux compromissions, et que je déteste le mensonge!
PAULETTE
J'ai peut-être eu un motif de croire que tu n'étais plus si intransigeante...
24 LE DEDALE
MARIANNE
Quel motif?
PAULETTE
Non, ne m'oblige pas à parler.
MARIANNE
Ah ! pas de réticence ! Tu as insinué : Explique!
Ce beau garçon qui sort d'ici...
MARIANNE
Guillaume?
PAULETTE
Oui, M. Le Breuil.
MARIANNE
Eh bien ?
PAULETTE
Eh bien, voilà ! C'est tout.
MARIANNE
Tu incrimines l'honnête affection qu'il me porte, et que je lui rends?
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PAULETTE
Depuis un an, M. Le Breuil ne te quitte pas. Cela saute aux yeux qu'il t'adore. Tu l'écoutés avec une prédilection visible. D'après tout cela, je ne me serais, sans doute, rien encore formulé moi-même. Mais le jour où l'on est venu me dire quelque chose...
MARIANNE
Tu ne fais que d'arriver. C'est donc de ta villégiature que tu rapportes un propos contre
moi ? De qui le tiens-tu ?
Ce n'est point de ton mari... de Max, veuxjc dire. Nous n'avons, d'ailleurs, plus aucune relation avec M. de Pogis. Hubert et lui se saluent lorsqu'ils se croisent, ce qui est inévitable entre gens si voisins...
MARIANNE
Et elle ?. . . Tu l'as rencontrée dernièrement ?
PAULETTE
. Je l'ai pu dévisager une fois sans qu'elle s'en aperçût. Elle a maigri. Ses yeux se sont creusés, mais ils n'en sont que plus impressionnants...
26 LEDÉDAI. E
MARIANNE
Laissons cette gueuse!... Qu'est-ce qui t'a parlé de moi ?
PAULETTE
La mère de Max. J'ai continué à la voir. Elle est bien innocente, et je la sais bien malheureuse de ce que son fils a été envers toi.
MARIANNE
Alors, comment se permet-elle sur moi des diffamations?
PAULETTE
Oh ! la pauvre femme ! Elle se défendait de tout jugement à ton préjudice. Elle me chargeait de te mettre en garde contre la médisance, dans l'intérêt de son petit-fils comme dans le tien. Il n'entrait que de la bonté dans ses recommandations.
N'importe ! Cette démarche contient pour moi un grave avertissement. Il est temps que je remédie au mal, par le sacrifice qu'il faudra... As-tu su qui m'avait accusée dans l'esprit de Mme de Pogis?