ACTE II, SCÈNE VII
Non. Pas encore. D'ailleurs, j'ai une passe en règle, signée de deux officiers municipaux et du procureur-syndic. On m'avait indiqué que je rencontrerais ici M. Rœderer...
JARJAYES
Il va sans doute revenir... Qu'avez-vous à lui communiquer?
SULEAU
Ma confiance dans le résultat de la lutte...
JARJAYES, avec découragement.
Oh!
SULEAU
J'arrive du Pont-Neuf, qui serait le point de jonction nécessaire aux insurgés pour qu'ils se portent en une seule masse contre les Tuileries. Eh bien! au Pont-Neuf, j'affirme que nos canons, nos troupes, sont inexpugnables! Les bandes de la rive gauche vont être, là, dans l'impossibilité de franchir la Seine... De sorte que la garnison des Tuileries n'aura que l'insurrection de la rive droite à mitrailler et à détruire, c'est-à-dire une demi-émeute, déconte-
nancée déjà par cette suppression de la moitié de ses partisans I
JARJAYES
Vous arrangez bien facilement les choses!... Moi, je les aperçois tout en noir! Je m'attends à revoir bientôt, dans ces salles, la horde du 20 juin dernier. Seulement, à cette date, elle n'a voulu que faire peur. Cette fois, elle va vouloir faire mal. Ce ne sera plus ce simple défilé, sordide et mesuré, que, parmi les imprécations et les étendards, accompagnait Mlle Théroigne de Méricourt!
SULEAU
Ah! celle-là, ne m'en parlez point!... Je m'en veux de m'être retenu de l'écraser quand, l'automne passé, à Vienne, je n'aurais eu, m'a-t-on dit, qu'à peser du talon!... Depuis son retour, par l'annonce de l'invasion, elle a, dans tous les rassemblements populaires, exalté une sorte de rage patriotique. Les auditeurs semblaient écouter une prophétesse. Ils croyaient lui voir, autour du cou, la corde de martyre avec laquelle l'étranger faillit la pendre, ainsi qu'une effigie de la Révolution !