ACTE I, SCÈNE V 2i
Comment?
MARIANNE
En me remariant.
PAULETTE
Tu ne dis pas cela sérieusement?
MARIANNE
Très sérieusement. Je ne suis pas la maîtresse de M. Le Breuil. Je me considère comme sa fiancée. Et il est possible que, prochainement, je l'épouse.
PAULETTE
Oh ! Marianne ! Dans notre monde, une femme peut subir le divorce; mais elle ne peut pas en profiter pour s'offrir un nouveau mari. Tu encourrais la réprobation générale !
MARIANNE
Sur quoi se fonde cette réprobation?
PAULETTE
Ah! dame!... Que sais-je?... On n'a pas encore admis qu'une femme s'expose à mettre en présence le mari d'hier et le mari d'aujour-
d'hui. Il suffit de se représenter sa situation, à elle, entre ces deux hommes!
Tu trouves plus décente la situation d'une femme entre un mari et un amant?
PAULETTE
Depuis que ce cas existe, l'opinion a eu le temps de s'y habituer.
MARIANNE
D'après ce que tolèrent tes préjugés, ma considération augmente pour ce qu'ils interdisent.
PAULETTE
Tu ne veux pas comprendre de quoi se choquent les convenances! C'est de l'attestation officielle que la même femme n'a rien de secret pour ces deux hommes qui sont là, en chair et en os. Mais la femme mariée qui prend un amant n'accomplit qu'une action cachée, où la pudeur mondaine n'est pas invitée à voir. Cela n'est inscrit sur aucun registre, cela ne se sait pas...
MARIANNE
Ah! ouiche!