ACTE VI, SCENE I J
de ceux-là dont j'ai vu tomber les têtes. Elle les interpelle et, censément, leur réplique, avec toutes sortes de simagrées 1
BRIGITTE
Chaque fois que vous voudrez la faire redevenir tranquille, vous n'aurez qu'à vous montrer.
LA BRANCHU
Comment cela?
BRIGITTE
Je n'oublierai jamais son allure en vous apercevant, quand, après une quinzaine d'années d'internement à divers endroits, elle nous fut amenée, il y a dix-huit mois, dans ce coin de la Salpêtrièrc.
LA BR.\NCHU, avec rudesse el anxiétc.
Qu'est-ce que tu chantes ? A quoi donc veux-tu faire allusion?
BRIGITTE
Il n'y a pas lieu de vous fâcher. Je revois seulement les yeux injectés, les soubresauts, les hurlements de la femme qui nous était transmise par les Petites-Maisons. Là-bas, paraît-il, elle injuriait et menaçait tout le monde,
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accusant ses gardes d'être des royalistes déguisés. Ici, dès qu'elle rencontra votre regard, un tremblement la prit. Elle recula sans tapage, le front bas, comme un animal dompté. C'était à croire qu'elle vous connaissait de jadis, et que vous aviez eu quelque occasion de lui faire peur.
LA BRANCHU, ghiée.
Les folles ont des manières qu'on n'est pas tenu d'expliquer... Si je rappelle à celle-ci je ne sais quoi, tant pis! Ce n'est pas moi qui l'ai fait mettre dans le service où je gagne ma vie!
BRIGITTE
Je voudrais vous demander quelque chose, madame Branchu. Mais vous avez des façons qui, moi aussi, m'effarouchent, quand parfois j'essaie de vous tirer un mot sur l'époque de la Révolution.
(Elle est allée emplir une cruche, que, tout en parlant, elle a portée au cabanon.)
LA BRANCHU
De quoi s'agit-il?
BRIGITTE
Il y en a qui disent que cette malheureuse a