FREMI ÈRE DAME
Qu'y a-t-il à voir dans cette cour?
LK DIRECTEUR, désignant le cahanon.
Je VOUS signale, là-bas, une créature qui eut son heure de célébrité : Théroigne de Méricourt.
SIEYÈS, à part.
Théroigne !
DEUXIÈME DAME, interrogalive.
Théroigne ?
SIEYÈS, à pari.
Je la croyais mortel... (Il va vers le cabanon et le fouille du regard, A une distance sage.)
PREMIÈRE D A M E , (j// directeur.
C'est bien à cette fille-là qu'il arriva... Voyons, je ne crois pas me tromper?... (Un colloque d'explications se poursuit, à voix basse, entre les deux dames, le directeur et les infirmières.)
SIEYÈS, devant les barreaux, à part.
Elle est donc là, cette image de la Révolu-
4o6 THÉROIGNE DE MlÎRICOURT
tionl... A ses débuts, fringante et belle, puis mégère horrible, et culbutée enfin dans le ridicule... Maintenant, en cage!
L K DIRECTEUR, clnwtt la voix.
Elle est dans une phase de lucidité relative... Nous allons la faire causer...
s I E Y È s , vivement.
A quoi bon ! . . . Puisqu'elle repose , épargnonslà ! Contentez-vous, mesdaines, d'un coup d'œil sur cette misère. (Les deux dames, suivies des iiifitinièrcs, se portent devant le cabanon, où elles restent à chuchoter. Sieyès prend à part le directeur.) Il est notoire que jadis, j'ai connu Théroigne... un peu. Cela n'a pas la moindre importance. Mais si, par une fatalité, à mon aspect, elle prononçait mon nom, vous devinez quels quolibets mes malicieuses compagnes tireraient de là pour en alimenter la Cour.
LE DIRECTEUR, avec une respectueuse obligeance.
J'imagine, monsieur le comte, que l'Empereur, à votre sujet, ne tolérerait pas la raillerie.
SIEYÈS, avec une rancune bien profonde.
Lui!...