ACTE VI, SCÈNE II
LE DIRECTK.UR.
Excusez si je me pique de quelques notions sur les événements contemporains. Mais qui a rappelé d'Egypte, au bon moment, le général Bonaparte? Qui a préparé le i8 Brumaire? Qui
i dicté le texte même de la constitution du Con-
ulat ?
Il n'y a peut-être plus que vous à m'accorder jue c'est moi qui ai fait tout cela !
LE DIRECTEUR
Oh ! monsieur le comte, Sa Majesté a, par laintes preuves publiques, attesté ce que vous loivent les assises de son trône. Elle vous a fait kttribuer, à titre de récompense nationale, le lomaine de Crosne. Tous les bons Français, en ^utre, ont pu se réjouir de vous voir successiîment nommé président du Sénat, grandigle de la Légion d'honneur et, récemment, )mte de l'Empire.
Mes détracteurs s'efforcent de gâter tout cela, fcn alléguant que j'ai collaboré, autrefois, avec îs pires révolutionnaires!...
4o8 THÉROIGNE DE MÉRICOURT
LE DIRECTEUR, dans une protestation indignée.
Les révolutionnaires n'ont pas eu de justicier plus rigoureux que vous! Dès l'année 179S, vous étiez à la tâche pour faire voter la grande loi de police, la loi martiale de l'an III, en vertu de laquelle furent exterminés les derniers jacobins, les derniers montagnards...
(En écoutant l'bomviagc qui lui est ainsi rendu, le front de Sieyèset son regard se sont couverts d'un voile sombre. Puis une autre pensée intérieure Its éclaire furtivement.)
SIEYÈS
Je ne sais si c'est l'atmosphère de ce lieu de démence, mais voici que je me laisse prendre à une curiosité malsaine : je voudrais, sans que cela dût se savoir, me retrouver un instant en présence de cette folle. Je voudrais m'aventurer dans les ténèbres de son âme, solliciter sa cervelle pour qu'il m'en vienne peut-être un léger frisson des choses que j'ai vues s'ensevelir dans l'histoire... Pouvez-vous me ménager un tête-àtête avec Théroigne ?
LE DIRECTEUR
Rien de plus facile. Elle n'est pas méchante actuellement, si l'on s'abstient de la contredire.