‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 219 sur 220 · ACTE VI, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE VI, SCÈNE IV

THÉROIGNK.

Qu'est-ce qui te prend, ce soir, de faire le dégoûté? Je t'ai entendu approuver la prise de la Bastille, la prise des Tuileries... Laisse un peu que je m'y retrouve... Tu as voté la mort du Roi. Tu as ainsi donné le branle à la machine qui coupe les têtes... Allons! viens! Tu peux figurer à la table des hôtes parmi lesquels je te convie.

SIEYÈS

Pauvre Théroigne ! Vous songez donc toujours à ce tas de gens qui n'existent plus!

THÉROIGNE

Vraiment!... Et toi, est-ce que tu existes?...

[("£//« lui prend les bras, qtt'elle tâte jusqu'à l'extrémité

ides doigts.) Oui ! tes mains ne sont pas froides !

(Elle approche son visage de celui de Sieyès.) Tu

)uffles de la chaleur! Tes yeux brillent!... [Malédiction ! Que fais-tu donc ici ?

SIEYES, pressé de se dégager.

Ma présence vous agite... Dans l'intérêt de irotre santé, il vaut mieux que je m'éloigne...

THÉROIGNE

Non! Reste!... Mets de la lumière dans ma

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tête! Aide-moi à tout me rappeler, à tout comprendre ! à tout savoir ! . . . Quel a été ton rôle ? quelle a été ton œuvre, pendant que les autres mouraient?

SIEYES, après un long temps, avec l'expression

des grandes difficultés franchies.

J'ai vécu.

THÉROIGNE

Alors, la Liberté n'a plus eu de fils que toi pour la garder aussi vivante... Qu'en as-tu fait?

SIEYÈS

Laissez cela!.,. Laissez-moi!...

THÉROIGNE

Tu trembles!... Tu fuis! Tu ne veux pas dire!... Ah! les couleurs de ton visage répondent pour toi ! (Montrant, de l'index, la façade de pierre.) Ceux-Ià, qui sont morts, ne portent pas seulement, sur leur face blême, le deuil de leur propre vie; ils attestent que la liberté s'est enterrée avec eux... Toi, tu es vivant, tu es gras, tu peux montrer le sourire des bouches bien nourries par les abjurations, les complaisances, les bénéfices ! (Elle ne cesse de marcher vers lui, qui recule.)

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