‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 23 sur 220 · ACTE I, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VIII

MADAME VILARD-DUVAL

C'est vrai : à ton sujet, ma conscience se fait plus impérative. Toi, tu es ma fille!

MARIANNE

Oui, je suis votre fille. Et, à ce titre, je vous supplie de revenir sur la décision que vous avez opposée à mon père, contre mes vœux.

MADAME VILARD-DUVAL

Ton père! Sur quoi se fonde-t-il pour approuver que tu accordes ta main à M. Le Breuil? Il invoque une loi des hommes, loi passagère qui n'existait pas encore lorsque je suis entrée en ménage avec lui, et qui n'existera peut-être déjà plus quand ton fils prendra femme!... Moi, ma fille, je m'appuie sur des préceptes immuables; je vous résiste au nom de la sagesse éternelle : le mariage que l'on a contracté devant Dieu dure jusqu'au dernier soupir de l'un ou de l'autre époux. Le mari que tu avais n'est pas mort; tu ne peux donc pas te remarier. Ma religion te le défend.

MARIANNE

Réfléchissez, ma mère, que les tristesses de mon existence, au lieu de susciter en moi un

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redoublement de ferveur, m'ont été une école de doute. Ëtes-vous sûre qu'il vous appartienne moralement de m'immoler à une foi qui est la vôtre, mais non la mienne au même degré? Votre sollicitude n'aperçoit-elle pas que vous êtes près d'accomplir, sur ce qui me reste de jeunesse et de vie encore palpitante, une sorte de sacrifice humain?

MADAME \'ILARD-DUVAL.

Tu ne me feras pas si facilement admettre que je sois une mère dénaturée. Avant de prétendre que je t'immole, que je te sacrifie, il faudrait m'avoir montré que tu dépéris d'amour, que tu te consumes pour M. Le Breuill

Vous savez que je suis, avant tout, un être de sincérité. Devant vous, comme devant Guillaume lui-même, je suis incapable d'une comédie sentimentale, d'une exagération. Je l'aime autant qu'il m'est possible; je l'aime avec ce qu'il y a de plus honnête en moi. Et, dans mon projet d'être sa femme, je distingue trop de bonne pensée à son adresse, une volonté trop bienfaisante, pour croire que je marche ainsi vers quelque chose de réprouvé.

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