‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 44 sur 220 · ACTE H, SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE H, SCÈNE VIII

à traiter, de puissance à puissance, avec le mari qui fut déclaré parjure, avec le père que l'on évinça comme indigne!...

MADAME DE POGIS.

Vous employez des mots bien rudes! C'est dépasser la mesure qu'être ainsi implacable... J'ai beaucoup causé avec mon fils : au début de sa f;iute, il n'a eu que de la légèreté, je m'en porte garante... Mais, convaincu par vous de sa trahison, il n'a pas su discerner ce qu'il y avait de temporaire, peut-être, dans vos malédictions. Vous-même, connaissiez-vous alors le fond de votre cœur? Tous les deux, vous étiez si jeunes encore, à l'âge où les caractères et les idées sont" trop absolus ! ... Si Max est allé, par la suite, jusqu'à l'extrémité des torts, je pourrais vous expliquer comment ce fut à son corps défendant, et par un enchaînement de fatales méprises...

MARIANNE

Dispensez-vous de cette peine. Ma mère aussi m'a prêché la théorie d'un malentendu ; et je ne trouve pas urgent de l'examiner. . . Vous êtes venue me provoquer à un débat pour lequel je réclame le temps de m'armer. Actuellement, madame, restons-en là !

MADAME DE POGIS.

Au nom du ciel, ne me congédiez pas ainsi ! Votre bon sens va suffire pour que vous appréciiez à quel point la situation a change. Asseyezvous! Écoutez-moi!... Ce n'est plus chez mon fils désormais, c'est chez vous qu'est établie une personne étrangère à l'enfant : vous êtes remariée; Max est veuf, il est solitaire, il se représente sous un aspect nouveau, dans l'austère tenue qu'il doit au malheur. Il fait valoir que la placedu jeune Louis de Pogis est indiquée dans la demeure héréditaire des Pogis, et chez son père Max de Pogis, pour le moins autant que chez M. LeBreuil!

MARIANNE

Ah! c'est cela qu'il dit!

MADAME DE POGIS.

Je ne viens pas plus ici vous attaquer que le défendre. Une pitié pareille m'inspire pour vous deux, père et mère de mon petit-fils. Sur ce nom innocent, je ne veux pas que vous recommenciez un scandale devant les tribunaux,

Doutez-vous que cela me fasse la même hor-

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reur? Mais qu'est-ce qui menace de ramener publiquement les souffrances et les colères? Est-ce moi? Sera-ce mon fait?

MADAME DF. POGIS.

Max est entraîné malgré lui, je vous assure. Certes, les catastrophes de sa vie l'ont rendu vindicatif; mais quand il s'ouvrit à moi de ses revendications paternelles, c'était alors d'un ton discrètement douloureux. Même après vos réponses inexorables, je l'ai encore vu patient. Tout s'est gâté récemment, après que son petit Louis sortait de lui avoir été amené... Que s'était-il passé? De quoi Max avait-il pris ombrage ?. . . Il me l'a dissimulé rudement, comme l'on fait d'une blessure dans son amour-propre. . . Co fut à cet instant qu'il retourna chez son avocat, qui ne l'a jamais abusé. Un avis qu'il donne fait autorité.

MARIANNE

Et lequel, je vous prie, a-t-il donné, cette fois?

MADAME DE POGIS.

Il estime que les circonstances d'à présent feront répartir au père h disposition de l'enfant pour moitié.

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Madame, vous jouez là de ma crédulité ! Vous essayez je ne sais quelle intimidation !

MADAME DE POGIS.

Sur la tête de mon petit-fils, je vous jure que je vous dis les choses comme je les sais, comme je les crois!

MARIANNE

Je ne mettrai pas en doute votre sincérité. Mais vous êtes portée à exagérer vos chances. Il faut que vous soyez dans l'erreur! Il le faut!

MADAME DE POGIS.

Max répète qu'il est un paria, qu'il n'a rien à perdre à ce procès et tout à gagner. Il va le faire, il le fera immédiatement, si vous ne le rendez inutile par de la sagesse et de la générosité.

MARIANNE, après beaucoup d'hésitation.

Voyons!... En admettant que je me résigne à un arrangement, de quoi vous contenteriezvous ?

MADAME DE POGIS.

Avant de frapper à cette porte-ci, j'avais en vain prodigué à mon fils tous les conseils de

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