ACTE III, SCÈXE VIII
morales, ce qui peut surtout agir, c'est un traitement moral. Ingéniez-vous à contenter votre fille : des cajoleries, des amusettes, toutes les concessions qu'elle réclamera...
SABINE
Je ne peux pourtant pas lui décrocher la lune!... Voyons, dites-moi toute la vérité. Elle est en réel danger, n'est-ce pas?
LE DOCTEUR, viollement.
Non, non!... Mais je manquerais à mon devoir si je vous endormais dans une complète quiétude.
SABINE
Est-ce que je pourrais dormir! Je ne vis plus!... Je ne suis pas médecin, mais je suis la mère ! Quand c'est son propre enfant qui est en cause, on le voit tout de suite perdu ! Et, comme on est la mère, on sent que c'est impossible ! On sent qu'on n'est pas faite pour mettre au cercueil ce qu'on a mis au monde. On se dit qu'il faut, d'abord, que l'on ait pris, soi, le temps de mourir, qu'on soit partie la première, puisque l'on est la mère !
LE DOCTEUR
Du calme! Nous réussirons, j'espère, à ré-
parer le mal déjà fait... Ecoutez maintenant une autre recommandation : si madame Fontenais manifestait quelque velléité d'être du voyage, refusez-vous absolument à l'emmener.
SABINE
Ah!... Maman?... Pourquoi?
LE DOCTEUR
J'ai eu, tout récemment, à l'ausculter une fois de plus. Son cœur n'est pas en assez bon état pour se prêter au service que la raréfaction de l'oxygène exige, à dix-huit cents mètres d'altitude. Là-haut, le muscle travaille quatre fois plus pour fournir aux gens leur ration ordinaire, ce qui est dangereux dans le cas où les artères n'ont plus assez de souplesse. Ceci n'est pas pour vous alarmer au sujet de madame Fontenais. Elle peut vivre indéfiniment à Paris, dans l'air des plaines. Mais l'exposer au surmenage respiratoire des hautes régions, cela équivaudrait à lui donner un coup de couteau.
C'était important à savoir.
LE DOCTEUR
Un mot encore : les cardiaques sont très