‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 51 sur 134 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Un Salon.

Qiielques bouquets donnent un air de fête intime. A droite, porte sur une galerie. A gauche, porte donnant sur une pièce servant de fumoir. Dans le fond, on aperçoit du monde autour d'une table de rafraîchissements.

SCÈ'X.E TXEO\CIÈ%E

MADAME FOXTENAIS, DIDIER.^// lever du rideau, madame Foutenais, assise dans un fauteuil, lit le Temps, avec une face à main. Didier entre par la porte de gauche.

M A D A M E FOXTENAIS.

Ah! c'est vous, mon petit Didier... Vous avez laissé ces messieurs au fumoir?

i;S LA COURSE DU FLAMBEAU

DIDIER

Et VOUS, madame Fontenais, vous étudiez le cours de la Bourse?

MADAME FONTENAIS.

Nullement ! Je n'y veux entendre goutte. Mes valeurs resteront toujours telles que mon pauvre et cher mari me les a laissées. Voyezvous, je ne saurais toucher à rien de ce qu'il a fait. Si vous me trouvez en compagnie de son journal... (Montrant la bande déchirée.) Tenez, cela n'a pas cessé d'être le sien : je fais toujours renouveler l'abonnement à son nom... Oui, si j'ai gardé la manie, chaque soir, de déplier cette feuille, c'est qu'il m'en faisait la lecture à pareille heure, quand nous étions deux. Et maintenant, je m'isole dans le silence pour retrouver le son de sa voix, avec mes yeux. (Repliant le journal)... Mais parlons de vous, mon enfant... Comment se fait-il qu'après vos brillantes études, avec vos beaux diplômes, vous n'ayez pas préféré à toute chose une carrière assurée dans l'administration ? L'exemple paternel était pourtant là. Aujourd'hui, cet excellent Maravon jouit d'une honnête retraite, plein de vigueur encore et de santé, après ses trente ans d'activité dans Tins-

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truction publique. Il vit désormais indépendant, parmi ses livres et ses amis, regardant l'univers d'un œil philosophique. Une destinée de ce genre ne vous a donc pas semblé enviable ?

DIDIER

Mon père a fait son effort, madame. A moi d'accomplir le mien. Lui, fils de paysan, par son énergie, par la qualité de son cerveau, s'est élevé jusqu'à un bon rang de bourgeoisie. Je sens continuer en moi la poussée de ma race, partie du ras de la terre, il y a une génération. Quelque chose fait qu'à mon tour je veux atteindre au delà, grimper plus haut.

MADAME F O N T E N A I s .

Plus haut que la bonne bourgeoisie?... Eh là ! vous destinez- vous à devenir noble ?

DIDIER

Ma foi !... en quelque sorte... Je veux devenir riche... très riche. Etre millionnaire, n'estce pas, en effet, dans les mœurs actuelles, être baron ou comte, si l'on veut?

MADAME F O N T E N A I s .

Et vous pensez avoir en mains les chances d'une grande fortune ?

DIDIER

Je tiens un brevet de premier ordre. Mon père m'a remis tout ce que nous possédions en commun par l'héritage de ma mère. Ce modeste apporX.a servi de base à un excellent acte de société pour mon usine, qui va s'ouvrir.

MADAME F O N T E N A I s .

Et si vous ne réussissiez pas?

DIDIER

Ne pas réussir?... Mais les études préparatoires sont indiscutables. Dépenses, recettes, futurs bénéfices, tout a été évalué, tout est prévu. Les chiffres sont les chiffres. J'ai derrière moi des banquiers qui voient large, qui m'ont dit : « Marchez ! » Le jour où la conjj maudite aurait besoin d'être doublée, — par exemple, en vue d'agrandissements — , je n'aurais qu'un signe à faire pour obtenir de nouveaux fonds. C'est sous-entendu, c'est convenu à demi-mot... Et puis, j'ai par-dessus tout la conviction que le succès appartient à ceux qui savent le mériter parle travail, l'aptitude, la probité... Vous souriez?...

MADAME FONTENAIS.

Sympathiquement. Je prends plaisir à votre

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