‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 6 sur 134 · ACTE I. SCEXn IV · texte numérisé non relu

ACTE I. SCEXn IV

SCÈX.E IV

NESTE, VIVARCE, GISELLE, LÉONORE.

GISELLE

La chasse! toujours la chasse!...

VIVARCE, aux femmes.

Comment empêcheriez-vous ces murs euxmêmes de vous en parler, de vous en rebattre les oreilles, puisqu'ils ont, de naissance, constitué un rendez-vous de chasse ?

NESTE.

Oui, c'est bien ainsi que cette demeure est qualifiée sur les anciens papiers qui témoignent d'un don royal aux ancêtres de Raymond et de Gérard : Rende:{^vous de chasse du roi Charles... Mais mon imagination, à moi, choisit; et elle écoute, dans ces murailles, moins des souvenirs de chasse que des souvenirs de rendez-vous.

14 L liNIGME

Vous supposez que, de règne en règne, ces lambris auraient reçu les soupirs d'Agnès Sorel? de Diane de Poitiers ? de la belle Fosseuse?...

NESTE.

Mes suppositions sont plus téméraires encore : cette retraite cachée au cœur des bois, les percées profondes par lesquelles on y parvenait, non loin d'un château de la Cour, tout cela me fait songer à du secret plus raffiné, à des maîtresses moins avouées que celles en titre... A mon sens, un mystère particulier se respire en ce lieu si discrètement isolé!... Et je me dis que le caprice royal devait s'en servir pour y tromper les favorites ellesmêmes, dans des liaisons qu'ignorerait l'histoire, avec telle ou telle amoureuse à jamais inconnue.

LÉONORE

Ah! mon cousin, faut-il que vous ayez l'immoralité dans les moelles pour évoquer ici un autre démon que celui auquel obéissent nos maudits chasseurs de maris!... Mais cet édifice, où ils nous tiennent six mois par an,

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n'a jamais pu avoir qu'une seule raison d'être : sa proximité de parcs à chevreuils, d'étangs à sarcelles et de plaines à perdreaux.

GISELLE

Et, par respect d'un bâtiment historique, nous nous sommes interdit de rien y changer... Comme c'est commode de n'avoir sous ce toit que les quatre chambres nécessaires à nos deux ménages, et une petite piécette qui ne pourrait même pas servir à coucher une chambrière, puisque c'est une antichambre pour entrer chez Léonore et chez moi ! . . . Il nous a fallu construire, pour nos gens de service, des logements à part. . . (Souriant à Xeste, puis à Vivarce.) Et notre hospitalité souffre de reléguer, dans une annexe, les chers invités qui veulent bien nous venir.

VIVARCE.

Ah! ce sont surtout vos enfants que vous regrettez de n'avoir pas sous l'aile...

GISELLE

Mes garçons et celui de Léonore, heureusement, sont trois petits hommes déjà. Et le pavillon où ils habitent là, avec leur précepteur, est tout de même bien près.

LÉONORE, se couvrant la tête d'une dentelle.

Il n'est que temps, Giselle, d'aller leur dire

bonsoir. (Elle sort par la porte du jardin.) GISELLE, à Lconore.

Je vous suis... (Jux autres.) Nous vous laissons seuls pendant quelques minutes. N'en profitez pas pour dire trop de mal de nous! (Elle sort par la porte du jardin.)

SCE'ME V NESTE, VIVARCE.

Les chères mignonnes!... Je ne leur veux que du bien. En épousant mes jeunes cousins, elles m'ont recréé une famille. Puisque la femme dont je suis veuf ne m'a point donné d'enfant, ma race ne va survivre qu'en ligne collatérale, par Raymond et Gérard. D'ailleurs, ils sont dignes de mon estime et de mon héritage. Je les crois eux-mêmes bien intentionnés

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