‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 69 sur 134 · ACTE I, SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XVI

Je VOUS adore.

SABINE

Ma fille!... Tiens, vois-tu, je suis déjà toute revenue à moi.

Bien vrai? Vous êtes absolument remise?

SABINE

Oui.

Je puis causer avec vous, sans crainte de vous fatiguer ?

SABINE

Tu as quelque chose à me raconter?

Dites-moi, d'abord, que vous aussi, vous m'aimez bien?

SABINE

Ah ! petite ! tu ne sauras jamais combien !

M A RIE- JE ANNE

Je vais au contraire le savoir tout de suite. A votre tour, serrez-moi contre vous. Faites

que je sente votre cœur près du mien. Approchez votre oreille de ma bouche... Mère chérie, j'aime Didier Maravon.

SABINE

Hein?... Quoi?... Qu'est-ce que tu me chantes-là?

MARIE-JEANNE

Didier et moi, nous nous aimons.

SABINE

Vous vous aimez?... J'entends que vous êtes d'excellents amis?

Ne faites pas semblant de ne pas comprendre : Didier veut m'épouser.

SABINE

Ah! C'est cela que tu avais à m'annoncer?... Eh bien! ce jeune homme a bon goût de penser à toi pour l'avenir. Mais se déclarer ainsi à une fillette, c'est du mauvais goût.

MARIE-JEANNE

Ah! mère, ne plaisantez pas!

SABINE

Je n'en ai guère envie, je te jure!

ACTBI, SCÈXEXVI 185

MARIE-JEANNE

Je me suis engagée envers Didier à obtenir votre consentement.

SABINE

Vraiment !

MARIE-JEANNE

Selon ce que vous allez décider, vous avez le pouvoir de me rendre bien heureuse, ou bien malheureuse.

SABINE

Mon enfant, tu t'exprimes avec tant de vivacité qu'il me convient de te redonner le ton juste dès ce soir, au lieu de t'envoyer au lit, ce qui serait le plus urgent. Sache donc que je n'ai pas de prévention contre Didier, sauf qu'il t'ait troublé l'esprit trop tôt. En effet, tu n'es guère robuste; tu ignores à peu près le monde ; je ne te trouve pas mûre pour le mariage. Tout ce que j'ai à te répondre, séance tenante, c'est que vous pourrez continuer à vous voir... Vous ne serez pas ainsi bien à plaindre... Cela vous servira à contrôler la force de votre attachement l'un pour l'autre. Et, plus tard, dans assez longtemps, nous verrons !

1 86 LA C O U H s t; DU 1- L A M B H A U

MARIE-JEANNE

Ce n'est pas cette réponse-là que j'ai promise' à Didier. Il s'en est allé avec l'espoir que, dès demain, il sera mon fiancé et, bientôt après, mon mari ! Excusez-moi d'insister de toutes mes forces !

SABINE

Va dormir. J'ai besoin, moi, de repos,

MARIE-JEANNE

Comment dormirais-je avec l'idée qu'une déception si violente se préparerait pour Didier?... Oh! épargnez-moi de lui faire tant de chagrin ! Je n'en aurais pas le courage : il m'aime trop !

s ABINE.

C'est toi qui es .ensorcelée, petite malheureuse!

Pourquoi votre voix est-elle si dure? Ce n'est pas mal que nous nous aimions?

SABINE

Laisse-moi, te dis-je! (Appelant madauie Fonlc-

nais.) Ah! ça! maman, que faites-vous par là-bas?... Venez gqurmander^une gamine qui

Page 1