ACTE n. SCENE V
Jeanne va pouvoir, à son tour, monter, et en même temps repêcher son mari... Et puis, voilà! j'ai assez répondu!
SABINE
Ne me chargez pas de rapporter une condamnation sans appel aux deux malheureux dont vous tenez les espérances. Dites-moi plutôt que vous réfléchirez pendant quelques heures, quelques jours même?...
MADAME F O X T E N A I s .
Ce serait tromper les gens. C'est tout réfléchi.
SABINE
Dites, au moins, que vous accorderez une partie de ce qu'on implore de vous ? Promettez deux cent mille francs. Cela facilitera sans doute de se procurer le reste... Maman, je vous en supplie, quand ce ne serait que cent mille francs, promettez-les?
MADAME FONTENAIS.
Je ne jetterai pas un morceau de notre avoir à cette usine vorace, dont j'ai maintenant appris à redouter les deux ou trois cents bras, le souffle grondant de flamme et de fumée. Je n'alimenterai pas ce monstre, qui ne cessera d'avoir faim et qui nous mangerait tous!...
2l8 LA COURSE DU FLAMBEAU
Ah ! si mon bon père était là, il se prononcerait certainement avec plus de miséricorde ! Dans des circonstances pareilles, vous venez de le rappeler vous-même, ses premiers mouvements furent secourables, il s'émut, il se saigna !
MADAME FONTENAIS,
Ton père a eu le suprême souci que sa fille et sa petite-fille ne fussent pas saignées après lui!... Quand il eut pris le lit pour y mourir, je le vois encore me saisissant les mains et me disant: « Sabine est veuve. Elle est bien jeune! Elle se remariera sans doute. En tout cas, notre petite-fille se mariera. Je veux, avant de m'en aller, avoir fermé chez nous le chapitre de ce que peuvent gaspiller les gendres. Jure-moi que, quoiqu'il arrive, tu ne te laisseras endoctriner par personne. Juremoi que tu ne prêteras jamais ta signature, ni rien de la fortune qui reste, après que j'ai mis tant d'affection conjugale et de cœur paternel à la constituer... » Ma fille, je n'ai pas de religion plus chère que la mémoire de mon mari. Or, je lui ai juré ce qu'il voulait. Je n'ai