‹ Théâtre (volume 3)Chapitre 81 sur 134 · ACTE II, SCEXE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCEXE V

dents lamentables se préparent. Il n'y a qu'un instant, la perspective de la saisie m'a été indiquée ! J'ai cru voir s'introduire ici des mains brutales, qui s'abattaient impitoyablement sur ce mobilier auquel tient l'âme de Marie-Jeanne par l'intimité de tous les jours, par les sentiments affectueux pour les objets donnés, par la petite gloire contente que font les objets choisis. J'ai vu transporter à la rue, disperser aux enchères ses pauvres choses aimées...

Ton esprit galope!.,. Si la rigueur des événements entraînait aussi loin, j'en serais quitte pour racheter tout ce qui meuble et orne cette maison. Je pourrai reconstituer l'intérieur de ta fille et l'installer où elle voudra, chez moi ou ailleurs. Je subviendrai à tous les frais de son ménage...

SABINE

Vous promettez de lui faire la charité! De la part d'une grand'mère, ce n'est pas assez, à la veille de calamités qui peuvent frapper notre enfant de déchéance et de mortel désespoir !

MADAME F o X T E X A I s .

Est-ce que c'est moi que je défends contre

2l6 LA COURSE DU FLAMBEAU

tes objurgations? Que faut-il donc à mes besoins personnels?... Une robe noire et une petite chambre!... A quoi est-ce que je dépense les vingt mille francs, environ, que j'ai de rentes ? A te loger convenablement, à te permettre un peu d'élégance, à t'offrir un semblant de train de maison, à te payer un mois de campagne l'été, quelques plaisirs de théâtre l'hiver, et du médecin à discrétion dès que j'ai cru voir passer sur toi un courant d'air. Le solde que mes revenus me laissent à chaque fin d'année, je l'emploie joyeusement en étrcnnes pour toi et Marie-Jeanne. Ce que je défends, c'est ce qui éclaire, çà et là, d'un sourire, ta vie qui n'a pas eu sa part, et que je ne laisserai pas devenir plus étroite et plus noire. Ne sens-tu donc pas que c'est ton indépendance de demain, ton patrimoine à venir, que je sauvegarde là?

SABINE

Je fais passer ma fille avant moi. Ne vous occupez pas de moi !

MADAME FONTENAIS.

Je défends, dans la tourmeri*te, le radeau sur lequel, après le naufrage de ton mari, tu as repris pied la première, sur lequel Marie-

Page 1