ACTE III. SCENE V
M A RAYON
Mon amie, ma pauvre amie ! vous m'imputiez d'avoir été mauvais prophète le jour où je vous disais que la piété filiale ne résiste pas à l'épreuve. Et aujourd'hui que le destin vous éprouve, votre âme civilisée redescend soudain au niveau des Peaux-Rouges. Je vous entends parler des vieilles mains de votre mère avec le même esprit qu'on a chez ceux qui font monter à l'arbre le chef de famille, et le secouent pour voir s'il se cramponne encore ou s'il n'y a plus qu'à l'abattre !
SABINE
Non, ne me faites pas croire que j'envisage l'idée de la mort de maman... Oh! non!... C'est un malheur auquel je ne suis pas préparée ! . . . Je n'en suis pas là !
M A RAYON
Si vous n'en êtes pas là, où en ête?-vous déjà?
SABINE
Plaît-il? Votre ton est singulier... Pourquoi sondez -vous mes veux de la sorte? Ce n'est pas la peine de me demander ce que j'ai fait, si vous le devinez!
MARAVON.
Je ne devine pas... je...
SABINE
Allons donc, vous lisez en moi ! Vous venez de me traiter de sauvage. Qu'est-ce que font les sauvages, quand le besoin commande et que la chose est à leur portée?... Eh bien! oui! j'avais cru que ma fille rendait son dernier souffle. J'avais aidé à transporter son corps qui ne pèse plus que la moitié de luimême. Je l'avais vue sur ses oreillers tomber et retomber en faiblesse... Alors, quand le seul remède que m'indiquât le médecin, je ne pouvais, au monde, le trouver que dans le tiroir aux valeurs de ma mère...
Vous avez?...
SABINE
Oui, j'ai!
MARAVON.
Oh!
SABINE
Vous, dont le cœur depuis tant de jours bat, pour nos petits, à l'unisson du mien, croyez