ACTE Iir, SCÈNE VI
FERGAN
Je vais le conduire au collège...
IRÈNE, éperdue.
Vous allez... vous oseriez...
FERGAN
Je veux être parti dans une heure.
IRÈNE
Ah! cela ne sera pas!... C'est la vie de mon fils que je défends contre votre horrible erreur. Je le garderai ! fût-ce jour et nuit, dans mes bras.
Allons! allons! Vous voici redevenue telle que je vous avais crue corrigée de l'être... Et vous me contraignez à vous imposer ma toutepuissance de père, comme jadis ma toute-puissance de mari!...
IRÈNE
Ne me parlez pas de ce que vous avez fait!
Il a été beau, votre triomphe, pour que vous
vous y complaisiez encore!... Oui, j'ai courbé
.la tête, avec plus de haine encore dans le cœur.
J'ai baissé le front ; et depuis lors, je ne vous ai plus regardé en face. Mais, aujourd'hui, ce n'est pas votre femme qui se redresse devant vous et que vous obligez à vous braver : c'est la mère, une mère que rien ne fera reculer..,
FERGAN
Vous vous trompez sur les droits de la mère. IRÈNE, avec un mépris farouche.
Ce ne sont pas les mères qui s'abusent sur leurs droits!... Nous les sentons, nous autres, se former en nous avec l'enfant même. Et nos yeux voient ces droits naître de nous, attachés à nos propres entrailles...
FERGAN
Une fois de plus j'ai raison, à l'encontre de vos utopies, de par la loi...
Ah ! cet affreux mot reparaît donc ! Vous aussi, je vous retrouve vous jouant de la vie de mon fils, pareil à ce que vous avez été pour briser la mienne : Sans remords, avec ces yeuxlà de bourreau tranquille dans l'accomplissement de sa besogne !