ACTE II, SCENE I
LIGUEIL, consultant sa montre.
Ne craignez-vous pas de vous mettre en retard? Il va bientôt falloir vous apprêter et descendre au salon, pour aider Mme de Ligueil à faire les honneurs de son quatre o'cîock.
J'ai prié ma cousine de m'en dispenser aujourd'hui.
LIGUEIL.
A propos de quoi ?
RÉGINE
Vous allez vous moquer encore de moi.
LIGUEIL.
Dites ?
RÉGINE
La même raison qui m'a empêchée hier de vous accompagner à ce concert.
LIGUEIL, grommelant.
Toujours parce que le comte de Neuchamps vient de se laisser enterrer! Mais, ma chère
enfant, vous damez le pion à la reine Artémise elle-même... Ah çà! on n'est pas veuve d'un mort avec qui l'on n'a fait que devoir se marier ! Il faut avoir rempli d'autres formalités.
Mettez que je suis ridicule. Est-ce ma fliute si j'ai une âme qui se sent, pour ainsi dire, devenir veuve aussi bien des braves gens que des belles choses, des grands rêves qui finissent...
Que diable! le comte de Neuchamps, pour couronner sa carrière, s'était conduit vis-à-vis de vous avec bien de l'incohérence.
C'est possible. Il aurait peut-être mieux agi en ne s'éloignant pas de moi, en appréhendant que cela me causât du tort, après m'avoir décidée à une résolution que j'acceptais par reconnaissance pour lui et par discrétion envers vos bienfaits... Mais il était triste et bon. Au surplus, je ne pourrai jamais avoir de rancune ou de dépit que contre quelqu'un que j'aimerais... d'une certaine façon.