‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 167 sur 176 · ACTE III, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIII

MISSEN.

Pourtant...

RÉGINE

Ah ! il ne me manquait plus que de m'entendre faire par vous ce reproche! Et je m'en déteste tant que je ne puis m'empêcher de vous en détester aussi. (S'efforçant de se modérer.) Peutêtre trop... Mais, du reste, n'étiez-vous pas satisfait de votre œuvre? Que venez-vous chercher de plus ici?

J'obéis à une règle de courtoisie, que la gravité de l'état où je sais M. le marquis de Nohan me commandait de suivre jusqu'à la dernière limite. Je devais cette démarche personnelle à un sentiment des convenances que tout le monde approuvera.

Le sentiment des convenances ! Je me demande si je rêve! Et il y a, dites-vous, dans le monde, des gens qui vous approuvent, qui a[)prouvent qu'on soit celui par qui un pauvre autre est là, qui se meurt, peut-être!... (S'exal-

tant.) Oui, je sais, c'est le code de l'honneur : on commence par avoir le droit de se jeter sur son adversaire comme une bête féroce ; et puis on se lave les mains du sang qu'on vient de répandre, et l'air afFable, très innocent, on accourt aux nouvelles avec une curiosité compatissante !

MISSEN.

Permettez...

RÉGINE, hors d'elle.

Non, je préfère les assassins, les autres assassins, qui ne sont pas corrects, qui ne sont pas convenables, mais à qui leur conscience révèle au moins que ce qu'ils ont accompli n'est pas... comme il faut!

MISSEN, sèchement.

Je me bornerai à vous faire remarquer que le duel met habituellement en présence, non pas un tigre et un agneau, mais deux tigres, ne vous déplaise... Et je vous certifie que la passion homicide n'a jamais pu lancer d'expression plus claire, de lueur plus vive, que dans ce regard dont j'ai été menacé sur le terrain pendant un temps très court... mais très long...

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