‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 168 sur 176 · ACTE III, SCÈNM- Vllt · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNM- Vllt

Si c'avait été M. le marquis de Nohan qui fût revenu sain et sauf?...

RÉGINE, extasiée à celte idée.

Oh!

S'il m'eût tué? (Régine baisse les yeux.) Serait-il donc un assassin?

RÉGINE, les yeux baissés et à demi-voix. Je l'aime.

MISSEN, doucevicnt.

Vous vouliez bien ma mort, à moi, qui pouvais avoir, qui devais avoir la légitime fierté de me croire le champion de votre honneur?,..

RÉGINE, avec force.

Je l'aime !

Lui qui n'était le champion que de l'offense qu'il vous avait fliite ?

RÉGINE, passionnément.

Je l'aime! Je l'aime!

MISSEN, avec philosophie d compassion.

Adieu, mademoiselle de Vesles.

RÉGINE

Adieu! Oui... c'est cela, partez!

(Missen se retire.)

SCEIsiE IX RÉGINE, puis NOHAN et LIGUEIL.

RÉGINE, passant la main sur soufrant.

Je ne connais plus rien ni personne ! . . . (Posant la main sur son cœur.) Je ne Suis plus qu'un cœur (se tournant vers la maison) tOUt à lui ! (A ce moment Nohan parait sur le seuil, aidé par Ligueil.) Oh ! VOUS, c'est vous ! (Elle s'élance vers Nohan.) Parlez-moi vite! que je vous entende être bien vivant! (elle soutient Nohan) d'une vie que je prends.

LIGUEIL, montrant la charmille.

Conduisons-le là-bas.

(Us s'y rendent arec quelques haltes.)

ACTEIII, SCÈNEX 357

REGINE.

Il y a des moments, figurez-vous, où je m'imaginais que l'on me cachait la vérité... J'étais toujours près de croire... au malheur! Se forget-on des idées insensées quand on est au loin !.. . A présent, me voici bien, bien contente. Répondez-moi quelque chose. (Nohan fait signe qu' il ne peut parler.) Au moins, faites-moi comprendre que vous commencez à être un peu guéri?

LIGUEIL, à Régine, après que Nohan est iustallé.

Je vous le confie. C'est en un mot tout vous exprimer... A bientôt... (Il se retire.)

SCEIIE X RÉGINE, NOHAN.

J'ai tenu à ce qu'on me laissât seul avec vous. Je n'ai pourtant rien à vous dire que je ne veuille faire savoir à tout l'univers. Mais la présence d'autres personnes eût placé comme des bornes

dans l'infini qui se répand autour de moi, rien que parce que vous êtes ici...

J'éprouve cela de même, près de vous.

NOHAN

J'ai une demande à vous adresser.

RÉGINE

Demandez.

NOHAN

Le destin, en me frappant avec rigueur, semble avoir du moins conduit les événements de la seule façon qui rendît possible la réparation de mon tort envers vous.

Oh! de quoi vous occupez-vous encore là! Et ne serait-ce pas plutôt à moi d'obtenii le pardon!...

Cette réparation peut prendre aujourd'hui un caractère d'exceptionnelle plénitude et la plus irréprochable valeur... Je ne puis, hélas!

ACTIS III, SCÈNE X 359

songer à vous offrir ma vie, puisque je n'en suis plus le maître... Mais pour quelque temps peut-être mon nom est encore à moi. Voulezvous accepter de devenir marquise de Nohan ?

Oui

NOHAN

Ce sera par un de ces actes hâtifs qu'on appelle mariage in-extremis.

Vous parlez pour me rendre folle ! Ou bien je suis folle déjà, et je m'égare sur le sens de vos paroles qui ne peuvent pas vouloir signifier... cela?

NOHAN

Laissez-moi achever, je vous en conjure! Vous me ferez donc l'honneur de porter mon nom pendant le temps légal. Et quand on vous verra en deuil... en deuil de moi, votre vue, j'espère, n'éveillera que des idées de respect plus grand que le respect ordinaire. Ensuite, vous serez libre!

RÉGINE, en pleurs.

Me faites-vous assez souffrir! Encore!... On peut donc toujours de plus en plus souffrir?...

Pardon ! les moments pressent. Vous m'autorisez donc à charger Ligueil de remplir les formalités?...

RÉGINE, essuyant ses yeux.

Non! non! Vous ne ferez plus que j'admette la possibilité de vous perdre... Oh ! j'ai atteint, à présent, le bout de la peine! et puisque je suis à votre côté, que je vous entends... (elle lui prend la main) que je VOUS tiens... Oh! je vous garderai.

Ma chère, ma bien chère, ne vous méprenez point. Ce qui me permet de vouloir vous nommer un instant ma femme, c'est ma certitude de n'y pas survivre... Et de cela, je suis sûr (à part, résolument) et, au besoin, certain... (A Régine.) Le mariage d'un mourant n'est jamais qu'un acte de pur hommage. Et personne ainsi ne pourra diminuer le caractère du nôtre,

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