‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 19 sur 176 · ACTE I, SCÙNE VII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÙNE VII

partir toute pâle du temps qu'elle avait passé dans tes bras!... Tu cesses de protester?

RAGUAIS.

Je vous devais de nier. Je ne vous le dois plus.

C'est toi qui te fâches, à présent? Serais-tu froissé pour elle que j'aie découvert sa honte? Que t'importe, puisque tu ne la reverras plus. Je t'emmène, je t'enlève : nous partirons tout de suite. Nous irons je ne sais oii, pour un an, pour des années, pour toujours s'il nous plaît?

RAGUAIS, avec embarras.

Je ne peux pas m'en aller de la sorte.

LAURE, durement.

Avec ta femme et ta fille? Ne laissant en arrière de toi personne ni rien à qui tu te doives ?

RAGUAIS.

Je refuse de me laisser traiter comme une

chose, qu'il vous arrangerait d'emporter en vovage.

Parbleu ! j'avais perdu la tête. C'est M™=d'Orcieu que vous ne voulez pas quitter!

Eh! bien, soit!... J'ai assez de vos interrogatoires, qui se compliquent maintenant d'espionnage. Vous me demandez une austérité qui est dans votre tempérament et que je n'ai pas en partage. Il vous faudrait que je fusse un autre que moi-même... Je suis ce que je suis : c'est-à-dire un homme qui a horreur de se contraindre, et qui cependant n'avait cessé de le faire par horreur aussi de vous causer du chagrin. Jusqu'à ce que vous ayez, à toute force, violé mon secret, j'ai muhiplié les ménagements envers vous, les raffinements d'égards, les essais d'illusions dont je pouvais vous bercer. Puisque ça n'a servi à rien... j'y renonce! Accablez-moi, s'il vous convient, au nom de la morale et de tous les principes : Dans mon imperfection, c'est vrai, je ne me sacrifie pas à votre caractère, mais vous ne vous sacrifiez pas non plus au mien 1

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