ACTE I, SCÈNE VII
Enfin! vous ne mentez plus!... C'est bien : tout est fini entre nous.
Je reconnais que nous venons d'avoir une de ces explications trop claires, auxquelles ne survivent point les sentiments conjugaux.
LAURE
Vous ne contestez pas non plus, j'imagine, qu'il m'appartienne de vous poser mes conditions?
Nous n'avons qu'à régler notre conduite sur l'exemple de tant de ménages de nos connaissances, où se sont produits des torts de niême nature, et parfois plus graves.
Des torts plus graves ?
RAGUAIS.
Quand c'est la femme qui les a.
LAURE
Et dire que vous proférez de bonne foi cette
4ô LA LOI UE L HOMME
monstruosité qu'a conçu l'égoïsme des hommes! Est-ce qu'on n'est pas, toutes et tous, pareils, à l'heure de sentir la torture dans sa chair?... Est-ce que?... Mais c'est me commettre davantage avec vous... Voici : j'exige que désormais nous vivions séparés. (Protestation deRaguais.) Ne m'interrompez pas! Je réclame la possession de ma fille, et que, pour notre entretien à elle et à moi, vous me fassiez une situation suffisante, puisque toute ma fortune est entre vos mains.
RAGUAIS.
Je ne veux pas que nous nous séparions. On chercherait à cela nos raisons. Et, d'ailleurs, ce moyen de petites gens est inutile entre nous, qui saurons, en présence l'un de l'autre, avoir le sens de notre dignité. Je repoussse toute idée de séparation.
C'est l'idée de vous séparer de ma dot que vous avez dû toujours repousser.
RAGUAIS.
Libre à vous d'interpréter mes motifs comme vous le suggérera la colère. Je m'en
ACTEI,SCÈXEVII 4g
tiens là : je ne veux pas. C'est bien simple; je ne veux pas! Que pouvez-vous contre ça? Je vous défie non seulement de me gagner un procès, mais d'avoir même de quoi l'intenter.
Puisque je n'ai pas la ressource, en effet, de vous traîner en justice, je vous imposerai, du moins, en fait, une rupture absolue.
RAGUAIS.
Non!
LAURE
Pour la tranquillité de vos amours avec Mme d'Orcieu, prenez la précaution de m'écarter de votre route et de la sienne !
RAGUAIS.
C'est une menace de violence que vous m'adressez?
Sur la tète d'Isabelle, moi, je vous déclare que je m'exécuterai ce soir même, en entrant avec vous dans le salon où vous savez que je rencontrerai cette femme. Et si vous parvenez à m'empècher aujourd'hui, ce ne sera que par-
50 i, A LOI DE L IIOMMr.
tie remise, vous en avez à présent ma parole sacrée.
RAGUAIS.
Ah ! nous en sommes là?
Eh! oui... Au milieu de cette société qui se désintéresse de ce qui m'est dû et me livre seule à mes instincts, ce n'est pas ma faute si je n'ai plus à compter, comme une bête, que sur mes cris et sur mes griffes !
RAGUAIS.
Pas de scandale. Demain notre notaire établira nos situations respectives pour l'avenir. Mais, du moment que je cède, vous vous engagez à ne jamais rien entreprendre contre Mme d'Orcieu.
LAURE
Donnez-moi ma fille et gardez votre maîtresse.