ACTE I, SCENE III
LAURE
Vous êtes mes seuls parents. Je ne puis compter que sur vous dans cette épreuve!... J'avais besoin de te mettre au courant, de te préparer à ce qui va se passer : Mon mari est l'amant de M"'c d'Orcieu.
HENRIETTE
Ne t'imagine pas cela !
LAURE, avec force.
J'en suis sûre.
HENRIETTE
Allons donc ! tu t'es monté la tête ! c'est ridicule!
LAURE, ai'cc plus de foire encore.
J'ai vu tout ce que l'on peut voir.
HENRIETTE, interloquée.
Ah!
Tu ne dis plus non? tu le savais? Pourquoi ne m'as-tu pas mise en garde contre cette femme ?
10 LALOIDELHOMME
HENRIETTE
Je t'en ai toujours dit du mal.
Intimes comme nous sommes, on se dit du mal de tout le monde, sans que cela signifie rien de particulier contre personne... Depuis quand t'étais-tu aperçue de la chose?
HENRIETTE, évaluant.
Deux ans...
LAURE, douloureusement.
Tant que ça !... Le pis que j'avais cru en essayant de me rappeler toute chose, c'était à une liaison entre eux qui ne fût vieille que de quelques mois!... Mais, d'après toi, voilà qui profane encore bien des souvenirs que je pensais pouvoir garder intacts. (Avec dégoût.) L'ai-je donc si longtemps partagé !
HENRIETTE
Ne va pas te chercher des tourments dans le passé. Le présent suffit... Où en es-tu avec ton mari ?
LAURE
Lorsque les premières alarmes me vinrent,