‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 5 sur 176 · ACTE I, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III

j'eus la naïveté de les lui confier timiJenient. Cela le fit rire, par contenance. Ensuite, mes angoisses grandissant, je me plaignis jusqu'aux larmes. Alors M. de Raguais s'imposa la peine de me rassurer ou de me consoler. Et pendant plusieurs semaines mes crises de reproches, mes élans de jalousie finirent toujours par des faiblesses, où j'eus la honte de redevenir presque heureuse.

Enfin, comment as-tu découvert la vérité?

LAURE

Quand mes soupçons se furent avivés jusqu'à être le plus intolérable des suppHces, je résolus d'agir. Je cessai de montrer la moindre défiance à M. de Raguais. Je lui rendis toute quiétude, et, traîtreusement à mon tour, je le fis suivre dans la rue.

HENRIETTE

Par qui?

Par quelqu'un qui fait ce méticr-là, et dont j'avais lu le prospectus.

12 LALOIDELHOMME

HENRIETTE

C'est du propre !

LAURE

Qui ça? Les gens qui suivent? ou les gens que l'on est réduit à faire suivre?

HENRIETTE

Tu ne peux pas t'en rapporter à des attestations de cette sorte !

LAURE

Après quelque délai, j'ai été informée de l'endroit où mon mari se réunissait avec sa maîtresse... A deux pas d'ici : le petit appartement d'un ami qui est presque toujours en voyage, et qui aura laissé sa clef à M. de Raguais, par confiance ou par obligeance. J'ai connu les jours de rendez-vous qui sont immuables, dans la semaine, comme les jours d'Opéra. (Elle regarde l'heure.) Tiens, à cette heure-ci, ils y seront demain, comme ils y étaient hier!... Oui, hier, j'ai contrôlé le renseignement. Je suis allée m'embusquer dans un fiacre, à quelques numéros au delà de leur porte. Voilée, cachée, misérablement, par le petit carreau du fond de la voiture, j'ai vu

ACTEI,SCHNEIII I^

M. de Raguais arriver... L'.^utre aussi!... Le temps qu'ils ont passé ensemble, minute par minute, je l'ai senti durer... J'avais froid... froid... depuis le bout des doigts jusqu'au cœur, comme lorsqu'un poison vous tue.

HENRIETTE

Ma pauvre Laurel

LAURE

Lorsque M™e d'Orcieu reparut... le croiraistu? je n'ai songé qu'à fuir... J'ai eu peur, tout d'un coup, d'apercevoir la figure de mon mari, à son tour, sortant de là.

HENRIETTE

Ou'es-tu devenue?

LAURE

Je suis rentrée... Je me suis remise... Il y a tout de même une force salutaire à savoir que l'on sait ce que l'on sait.

HENRIETTE

Tu as dîné, après cela, avec ton mari ?

Non, il m'avait prévenue qu'il dînerait au

club... Ce matin, j'ai allégué une migraine qui me reléguât dans ma chambre, et dans l'obscurité, à l'heure du déjeuner... Je ne l'ai pas encore revu... Mais, hier au soir, dès qu'il a été parti, j'ai fait ouvrir par un serrurier, sous prétexte d'une clef perdue, le seul meuble que M. de Raguais tînt toujours fermé.

HENRIETTE

Il a dû prendre l'éveil de cela à son retour?

Ce sont ses domestiques qu'il soupçonne, en attendant que je les disculpe. Moi, il me croit définitivement dupée. D'ailleurs, il a retrouvé ses papiers à leur place. J'avais espéré saisir des lettres de conviction... Mais rien!... Une photographie sans dédicace, des lettres très parfumées commençant par : « Cher monsieur, » et finissant par : « Mille choses aimables à Laure ...» Du moins, j'ai pu conclure de là que les complices étaient décidés à ne jamais se compromettre par écrit et qu'il me fallait m'y prendre autrement.

HENRIETTE

Quel projet as-tu?

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