‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 6 sur 176 · ACTE I, SCENE III I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE III I

LAURE

Je veux obtenir ma séparation...

Ce n'est pas possible que tu veuilles faire cela si vite, avant d'avoir tenté les dernières chances d'un rapprochement?...

Je les ai toutes épuisées pendant que je me débattais encore dans les conjectures...

HENRIETTE

Je n'admets pas qu'un homme qui a la bonne fortune d'être ton mari puisse te préférer définitivement une autre femme.

LAURE

Ah ! si tu te mets à raisonner les goûts des gens!... Et quand je serais à me répéter, à vouloir me persuader que je vaux mieux que M"ie d'Orcieu, cela changera-t-il rien au lait qu'il me trompe avec elle?

HENRIETTE

Un caprice !

l6 LA LO I DE l'h O M ME

Un caprice?... pour lequel, depuis deux ans — c'est toi qui l'as dit — il s'infligerait une existence embarrassée, furtive, compliquée de scènes conjugales, qui ont dû l'excéder autant que moi!... Non! non! M. de Raguais est un bourreau d'amour. Il en a prodigué ici la somme dont il disposait en ma faveur. Maintenant il aime ailleurs... comme il m'a aimée!

HENRIETTE

Il faut lutter!... Tu es belle. Tu as l'âge où la femme possède tous ses charmes... avec l'art de s'en servjr. Tu n'as qu'à vouloir t'en donner la peine pour reconquérir ton mari.

LAUIÎE.

Tu te méprends sur mon caractère : c'est moi qui ne veux plus de M. de Raguais.

HENRIETTE

Comme si ça ne crevait pas les yeux que tu l'aimes toujours!

Ne m'oblige pas à m'avouer cela ! Je ne sens que trop ma lâcheté dans cette hâte que j'ai

ACTEI, SCÉNEIII 17

d'échapper à sa présence... J'ai pu me laisser engourdir pendant les heures d'incertitude, mais aujourd'hui que le doute ne m'est plus permis, quelle femme serais-je si, conservant un lien avec cet être, je m'exposais à l'abjection d'être un jour encore grisée par ses baisers, qui ne sont plus que de la galanterie ou du vice !. .. Ah ! je me réveillerais de là avec un si mortel dégoût de moi que, je te le jure, je n'y survivrais pas !

HENRIETTE

Oublies-tu que vous avez une grande fille de douze ans ?

LAURE

Par-dessus tout, je pense à cela... Et mon amour pour elle me rend encore plus intraitable. Ma fille est tout ce qui me reste. Je veux l'avoir à moi... ou ne la partager à l'avenir que le moins possible. C'est à moi que la justice devra en confier la garde... Il faut que l'époux coupable soit traité en père indigne. Je ne supporte plus que M. de Raguais s'installe entre Isabelle et moi^ ni que débormais il embrasse ma fille sous mes yeux!

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