‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 65 sur 176 · SCË'KE IV PAULINE, IRÈNE · texte numérisé non relu

SCË'KE IV PAULINE, IRÈNE

IRÈNE

Vous causiez de moi ?

PAULINE

Évidemment!... J'ai continué à vouloir être équitable, modérée...

Oh 1 alors, tu as dû joliment t'entendrc avec lui!

PAULINE

Autant qu'avec toi !

SCÈltE V

Les Mêmes, VALANTON, MICHEL DAVERNIER. Ces deux derniers arrivent du jardin d'hiver.

VALANTON,

Ainsi, je ne vous ai pas convaincu?...

MICHEL

Pas le moins du monde!...

ACTEI,SCI£XEV I51

VALANTON .

J'étais en train de vouloir marier M. Davernier.

IRÈNE, dressant la tête.

Avec qui ?

VALANTON.

Comment, avec qui ? Est-ce que je sais ! Nous n'en étions pas encore là! Je lui disais : « Voici que vous avez trente ans. Votre mérite personnel, votre situation éminente et vaillamment acquise dans l'Université, vous donnent le droit de recevoir des rentes de la femme. . . qu'il vous reste à trouver. Il y a peu de temps que vous avez réintégré Paris; vous n'avez pas encore fait de mauvaises connaissances, vous n'avez pas ramené de liaison.

PAULINE

Oh!

VALANTON.

« Par conséquent, vous n'aimez personne : donc mariez-vous! » Seulement, pour cela, le premier point est de se dire : « Je veux me marier. » Ensuite, il n'y a plus qu'à chercher

une femme. De la sorte, on compare, on choisit, on donne la préférence. Cela vaut mieux que la méthode inverse : se pourvoir de la femme, d'abord; et ne se décider à l'épouser que plus tard...

PAULINE, à Michel.

Et que répondiez-vous à ces exhortations?

Oh! pour moi, se marier, naître et mourir, cela me parait composer les trois grandes solennités de l'existence. Je leur attribue une égale importance, je les envisage avec le même esprit. Or, on ne s'occupe pas de naître, on meurt involontairement, quand il le faut. Ainsi donc, j'imagine que le mariage doit s'accomphr sans que l'on s'en soit plus mêlé que de sa propre naissance, sans qu'on l'ait plus préparé que sa mort. Je voudrais qu'il survînt tout seul, fatalement, instinctivement, par l'action souveraine de la nature. Le « oui » sacramentel, il me semble qu'il devrait vous sortir de la poitrine, parce qu'il a été mis là mystérieusement, à votre insu, comme y était le premier vagissement, comme y sera le dernier soupir.

Page 1