ACTE I, SCÈNE V
IRÈNE
La nature se charge de nous faire naître et mourir. Elle ne prend pas le soin de nous marier.
MICHEL
Elle veille pourtant à nous rendre, malgré nous, amoureux d'un être à l'exclusion de tous les autres êtres. Et ce sentiment est aussi arbitraire, aussi indéfinissable, aussi divin que la loi qui nous foit d'abord ouvrir les yeux et, plus tard, les fermer à la lumière.
PAULINE
Mais on reste libre de se marier ou non ; on est libre de se marier sans amour, ou même contre l'amour.
MICHEL
Ah dame! la nature s'est inspirée ici du sujet. Elle n'est plus brutale, comme dans la question de vie ou de mort. Elle est plus humble et toute galante. Elle insinue, elle supplie, elle atermoie, elle tourmente...
IRÈNE
Et en fin de compte, elle est impuissante à
préserver les gens de se marier par raison de famille, par raison de convenance, ou par toutes les espèces de raisons qui ne sont que de la raison.
MICHEL
On peut, pour un temps, méconnaître la nature, ou ne pas attendre qu'elle se soit prononcée. Soyez certains qu'elle reprendra son œuvre, tôt ou tard, soit pour confirmer le mariage de ceux qui s'étaient passés, à l'origine, de son consentement, — et c'est là le cas de tant de bons ménages où l'on ne s'est aimé qu'à la longue, — soit pour remarier ailleurs... à la façon de nature... l'un ou l'autre des époux qu'elle n'avait pas unis.
VALANTON.
Moi, je ne connais qu'un procédé de mariage : c'est la mairie et l'édise.
Le mariage, c'est l'amour!... auquel de vertueux usages ont noblement fait d'ajouter la mairie et l'église. Dans votre système, il ne serait plus que l'action sérieuse de signer un