‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 71 sur 176 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

avoir le cœur de s'éloigner d'une personne que l'on aimerait. A moi, il me semble que tout me paraîtrait supportable en comparaison de l'absence. Je crois bien que le premier sentiment devrait être de ne point vouloir quitter, à aucun prix, l'être soi-disant si aimé.

Et quand même ce serait une sorte de folie qui me pousserait à vous fuir?... Quepourriezvous voir dans ce mouvement d'instinct qui ne soit l'aveu le plus humblement passionné, le plus douloureux témoignage de ma sincérité et de ma soumission !

IRÈNE

Vous avez pourtant reconnu que le sacrifice de rester dans mon existence serait encore plus grand... Et vous n'y consentiriez pas?... (Silence de Michel.) Même si je vous le demandais?

MICHEL

Je n'ai pas dit cela 1 Je n'ai jamais pensé que cette question pourrait se présenter.

IRÈNE

Moi non plus, jamais jusqu'à maintenant.

MICHEL

Et maintenant?

IRÈNE

Il me semble que je viens de cesser, à mon tour, d'être celle qui s'est si longtemps ignorée elle-même... Et à cette nouvelle si brusque qu'il m'allait falloir vous perdre... (Fondant en Jaunes.) j'ai senti que je m'étais habituée à vous considérer comme un peu à moi... je ne sais comment... mais beaucoup même à moi...

MICHEL

Je vous ai fait du mal, je suis très coupable. Pardonnez-moi!... Je n'ai pas le droit de comprendre ce que vous dites, d'oser le croire... C'est à moi seul qu'il appartient de souffrir. Je l'ai appris. Ne l'apprenez pas.

IRÈNE, suppliante.

Promettez-moi que vous ne vous en irez

plus ?

MICHEL

Qjje deviendrons-nous?

IRÈNE

Ail ! quoi que l'avenir nous réserve, ne m'a-

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