ACTE I, SCÈNE VI
bandonnez pas. Soyez ma Providence, ma consolation !... Si vous saviez combien je suis malheureuse !.. . Non, ne faites pas que tout se referme devant moi, au moment où vient de s'y ouvrir la première pensée bienfaisante ! Je vous en prie, dans notre infortune, ne soyons séparés que de près. Laissez-moi vous regarder, vous écouter, vous savoir là. Et de toutes nos peines, faites -moi la joie que nous nous voyions les partager fraternellement ensemble !
MICHEL
Vous me croyez plus fort que je ne suis.
Je vous crois fort ; et je me sens forte.
MICHEL
Oui, vous me devinez incapable d'aucun vœu, d'aucun espoir qui contiendrait pour vous une parcelle d'offense. Mais vous ne songez pas aux angoisses abominables, indicibles qui peuvent souiller le sentiment le plus pur...
IRÈNE
Je ne vous comprends pas.
l66 LES TENAILLES
Ici, je vois près de vous un homme dont les droits et le caprice disposent de vous !
IRENE, palpitante de honte.
Vous n'êtes pas généreux.
MICHEL, très douloureusement.
Je suis jaloux ! (Jrene se cache le visage.) Et VOUS comprenez bien qu'il n'y aura jamais assez d'espace entre moi... et cet autre à qui vous appartenez.
(Un long temps.)
IRÈNE
Vous m'avez fait sentir toute la place que vous avez dans mon cœur... Et je sais aussi que je ne peux être à vous. Je ne dois être à personne. Aidez-moi... Restez pour me défendre • vous verrez toujours mes yeux se poser fidèlement sur les vôtres. Atout jamais, je me garde à moi. (Elle lui tend la main qu'il baise respectueusement.) Revenez bientôt et merci : ce soir, mon âme vient de renaître.