‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 76 sur 176 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

VOUS entretenir de nos affaires, je ne puis plus différer de vous mettre au courant des dispositions qui se sont imposées à moi. (Irène s'est croisé les bras, et l'écoute sans le regarder.) Voici déjà longtemps, plusieurs mois, que vous avez fait naître entre nous la question de votre santé. L'état de vos nerfs, vos migraines, vos vapeurs ont pu m'alarmer d'abord; aujourd'hui, mon opinion est faite sur ces maux imaginaires, dont je déplore que vous ayez encore l'air dupe. Je me suis résolu à employer les grands moyens... pour vous guérir. Si la vie de Paris doit continuer à ne pas vous réussir, je vais profiter de ce que le bail de cet hôtel arrive à une époque de renouvellement pour en donner congé. Auriez-vous quelque objection à faire ?

IRÈNE

Non.

F ERG AN, avec un ton sournois et rancunier.

Il me resterait donc à vous consulter sur le choix entre deux domaines que j'ai en vue. Ils ont d'égales raisons pour vous fournir un climat salutaire, l'un et l'autre en pleine campagne, loin de toute ville, avec un bon air de grands bois alentour... Je m'inclinerais volontiers de-

vant une préférence de votre part, puisque vous êtes destinée à habiter l'un de ces deux endroits d'une façon plus constante que moi. Car je serai encore appelé parfois au dehors par l'administration de nos biens, ou par tous ces imprévus dont aucun n'existera pour vous, dans votre vie bien uniformément réglée... Quand serez-vous disposée à examiner les détails de cette question?

IRÈNE, se levant.

Jamais. Je n'avais rien à opposer, tout à l'heure, à ce qui constituait dans vos projets une liquidation de nos affaires. Je me refuse à intervenir dans quoi que ce soit que vous me présenteriez en vue de l'avenir. Nous ne sau rions avoir aucun projet à préparer ensemble. Je n'envisage plus la possibilité de l'existence commune entre nous : vous me haïssez comme je vous hais.

C'est vous qui m'obligez à vous haïr. Vous m'imposez une situation de mari outrageante, ridicule, unique!... Changez, je changerai.

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