‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 80 sur 176 · ACTE II, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE III

PAULINE

Je t'en supplie, ne m'épouvante pas!

IRÈNE

Vas-tu reculer encore?... Si tu es avec moi, il n'y a plus de temps à perdre pour agir.

PAULINE, l'embrassant.

Mauvaise!... Mais n'est-ce pas servir ta cause que tâcher, jusqu'à la dernière minute, de te démontrer que c'est toi qui es dans l'erreur? Ton mari n'est pas un vilain homme. Voyons, crois-tu qu'il y en aurait un autre pour supporter que sa femme... ne soit pas sa femme?... Il y a même une reconnaissance que tu lui devrais bien...

IRENE

Laquelle!

PAULINE

Celle de ne pas être un brutal, comme plus d'un se le permettrait. Et tu n'aurais que ce que tu mérites.

IRÈNE

Non, Pauline, du fond de ta conscience, tu

J'ph LES TENAILLES

ne peux me conseiller Timmolation de ce grand sentiment de soi-même qu'une femme éprouve par-dessus tous les autres !...

PAULINE

C'est pourtant ton devoir d'honnête femme.

Non ! non ! Je n'admettrai jamais qu'il puisse y avoir un devoir... honnête, dans une pareille contrainte !

PAULINE

La religion, là aussi, te commande l'obéissance.

IRÈNE

Non, la religion, toute faite qu'elle soit d'abnégation, n'en peut commander d'aussi humiliante à aucune de ses créatures!... Ne nous enseigne-t-on pas, d'ailleurs, que la chasteté est l'état le plus proche de Dieu ?... Et je n'imagine pas de péché plus misérable que d'imposer une complaisance à sa chair... Quoi ! ce serait là le mariage? On aurait transformé un tel mensonge en institution sacrée ! Sentir, dans un être, le seul obstacle à tout son bon-

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heur, l'abominer de toutes ses forces, et lui laisser confondre l'instant de ses plaisirs avec celui où l'on rêverait le plus ardemment sa mort!... Ah! la profanation! la honte! la sale canaillerie lâche !

PAULINE

Irène, tu aimes quelqu'un?

Pourquoi

IRENE

PAULINE

Parce que l'on ne s'exalte pas ainsi contre quelqu'un, mais pour quelqu'un.

Et quand même cela serait!... je n'en aurais donc qu'une raison de plus pour aspirer à ma délivrance !

PAULINE

Mais, ma pauvre chérie, un nouveau mari, tu le prendrais en grippe à son tour, comme tu as pris l'ancien, par ces causes indéfinies qui sont en toi.

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Je ne suis plus l'inconsciente jeune fille qui m'en suis rapportée bien plus à toi qu'à moimême, quand tu m'as déterminée à épouser Robert Fergan. Tu avais ton expérience. Je m'en suis remise à ta grande et chère autorité ! Enfin, ce n'est pas moi qui me suis mariée, il y a dix ans; c'est une autre que j'ai été à peine, et dont je ne me souviens presque pas. Mais, maintenant, je me sens être quelqu'un. Je suis devenue Moi... Je sais ce que je veux et ce queje neveux pas, et ce que je ne peux plus!... cette lutte qui me déchire, mon cœur qui m'étouffe, et les envies... terribles... de me tuer!...

PAULINE

Ah! tais-toi! au nom du ciel!... Q.ue devenir? que faire?

IRÈNE

Tu le sais bien : c'est entendu, c'est prorais. Tu avais jusqu'ici toujours retardé l'heure... La voici arrivée. C'est pour cela que tu viens...

PAULINE

Tu le v(M\ donc absolument?

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