ACTE III, SCENE III
possible entre nous. Mais celle-là nous l'avons, sourde encore et pourtant obsédante pour moi jusqu'à l'affolement.
Quelle querelle?
IRÈNE
L'éducation de René.
PAULINE
Il doit te trouver d'une tendresse maternelle un peu exagérée.
IRÈNE
Oh ! oui, j'adore mon fils. C'est pour le faire vivre que j'ai renoncé à mourir!... Et je ne reste encore debout que pour cet enfant, par cet enfant... dont rien ne saurait me détacher... Ah! cette petite vie inquiète, sa petite âme triste qui me semble n'être faite que de mes soupirs, jamais je ne consentirai à les confier, hors d'ici, à des maîtres, à des étrangers, à des autres !
PAULINE
Est-ce que ton mari t'a déjà parlé de cela?
IRÈNE
Oui, plusieurs fois ses explications et ses insistances à cet égard m'ont mise au supplice. Jusqu'à ces derniers jours-ci, j'ai frémi en secret de la crainte qu'il n'essayât de donner suite à l'intention que je lui sais. Mais, pour cette année, tu vois qu'il vient de laisser passer la date de la rentrée des collèges, sans avoir tenté rien à-nouveau... Lui si tranchant en toute chose, on dirait que, là-dessus, il sent en moi une créature gardant son petit. Et en cela il voit juste : je le lui disputerais désespérément, si j'y étais réduite... férocement!
PAULINE
Pauvre sœur! Ce n'est plus que dans cet enfant que je te vois vivre. Et tu étais donc destinée à ne pas avoir de vie pour toi-même ! Parfois, je songe à ce qui aurait pu, peut-être, t'advenir d'autre : et je reconnais bien que tu n'étais pas marquée pour le bonheur.
IRENE, pensivement.
Qui sait?
PAULINE
Mais non, hélas! mais non!... Ah! certes,