‹ Théâtre (volume 4)Chapitre 99 sur 176 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

ton existence aura été sombre, rigoureuse. Mais dans sa dureté même, n'auras-tu pas trouvé de quoi t'endurcir un peu le cœur? Tandis qu'il y aurait eu un changement de sort où ta sensibilité se serait avivée encore. Et c'est au plus cher de toi-même qu'alors tu aurais été autrement déchirée ?. . .

IRÈNE

Que veux-tu dire?

PAULINE

Je pense à quelle épreuve tu aurais été condamnée par la suite, si tu avais autrefois réalisé des rêves que, sans les connaître, j'ai peut-être eu raison de deviner en toi.

Je ne te comprends pas.

PAULINE

Mon Dieu, je ne devrais sans doute point te rappeler cela... Mais, bien souvent, j'y ai beaucoup songé.

IRÈNE

A la fin, explique-toi.

2l6 LESTE N AILLES

PAULINE

D'ailleurs, pourquoi ne me l'avouerais-tu pas maintenant! N'est-ce pas que tu as eu l'idée d'épouser Michel Davernier?

IRÈNE, se détournant.

C'est possible.

PAULINE

Tu vois bien!... Ah! que de fois je nie suis représenté que la pire de tes douleurs aurait été de perdre le bonheur, après l'avoir conquis !

Il n'y aurait eu qu'à me laisser me faire ma part de bonheur. Le reste me regardait.

PAULINE

Non, va! C'est alors que tu aurais vraiment connu les abîmes de la souffrance humaine, si, montée en plein ciel avec un être aimé, il t'en avait fallu retomber tout d'un coup, lui mort, dans tes bras !

Si j'avais épousé Michel, il ne serait pas mort! Je l'aurais préservé de mourir. J'aurais

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