Théâtre
«j^^^^:^^ ERS l'an (12 avant l'ère chrétienne, ^\'^/''0 ïcèse, riche banquier de Sinopc, {^(Kf'/)L.' ayant mené sa femme aux autels tf^A)cXl-?t d'Ilithyie, devint père d'un jeune garçon. Il voulut l'appeler Diogène et fit valoir son droit. Sa femme aurait préféré le nom plus harmonieux d'Alcathoos; mais elle fut bien
forcée de reconnaître qu'elle n'était que la mère.
Vraisemblablement cet enfant passa, connue les autres, ses premières années. Il eut la fièvre scarlatine, des coliques et des rages de dents.
Après quoi, ses instincts commençant à se développer, il se mit naturellement à les suivre. 11 adorait le miel et détestait la rhubarbe; lorsqu'il était joyeux, il s'abandonnait à des éclats de rire sonores; il pleurait lorsqu'il avait du chagrin. Tout cela le fit souvent fouetter par sa mère.
Enfin le voyant en âge de comprendre les jeux et de s'en amuser, son père, commerçant affable mais sérieux, le conduisit chez un maître d'école, dans la petite masure duquel, pendant di.\ années, Diogène passa les belles heures que le soleil donne à l'homme, roi de la nature.
C'est ainsi qu'il arriva vers sa dix-huitième année. Il était alors brun, élancé, bien fait, rayonnant de force et de jeunesse. Il savait lire, écrire, calculer et s'enlever au trapèze à la force
DIOGLNE LF. CHIEN 5
du poignet. Alors son père le mit à la tête de sa maison de banque, ce qui donna l'idée à Diogène de prendre une maîtresse.
Il ne tarda pas à rencontrer, à la porte du théâtre de Sinope, une vieille courtisane, appelée Nicidia, que tous ses aînés dans la débauche avaient vue ivre et nue. Ils s'aimèrent d'un fol amour. Diogène se brouilla avec ses bons amis pour Nicidia qui le trompa; Nicidia voulut se noyer dans le fleuve Halys pour Diogène, qui la battit cruellement.
Mais le bonheur n'est pas éternel ici-bas!
La pauvre Nicidia mourut subitement d'une indigestion; et Diogène lui fit construire un tombeau superbe au fronton duquel on grava, dans le marbre, un fort joli vers de sa composition qui signifiait :
« Je pleure, parce qu'un petit oiseau s'est envolé. »
Vers cette époque, et pour se distraire, il alla consulter l'oracle de Délos, patrie d'Apollon. La Pythie invoquée lui répondit : « Change la
(-> DIOUUNC LU CIIIUN
monnaie. » Les commentateurs sont unanimes à reconnaître que cette phrase signifiait : « Ne fais point comme les autres hommes. »
DiogcMie comprit tout bonnement que le dieu, dans ses insondables desseins, l'engageait à corrompre la valeur de l'argent. Il fit la chose largement, grâce aux facilités que lui donnait sa situation de banquier public.
La population ne manqua pas de s'émouvoir. Une plainte fut déposée. Pendant qu'on instruisait l'afTairc, Diogène prit la fuite. Mais l'heure de la justice était venue : on enferma son vieux père, pour le restant de ses jours, dans une étroite prison.
L'an III de la 98e Olympiade, au vingt-huitième jour du mois Hécatomba;on, la capitale de
DIOGUNE LE CHIEN
TAttiquc cclébrait la fête splendide des Grandes Panathénées.
Vers l'heure de midi, la foule se portait au Céramique Extérieur. Là, parmi les portiques et les tombeaux, sous les feux étincelants du soleil, se disposait le cortège de la procession du péplos.
En tète, on plaçait les jeunes vierges qui soutenaient, dans leurs bras nus, les fioles, les corbeilles et les coupes; derrière elles et vêtus d'une tunique légère, se rangeaient de jolis garçons.
Le centre du cortège était réservé aux guerriers qui, pour danser la pyrrhique, s'étaient couverts de leurs pesantes armures. Au milieu d'eux, les Praxiergides portaient, au bout de qu.atre lances, le nouveau péplos où se trouvait brodée la victoire des Athéniens sur les Atlantes « venus des portes de la nuit », et dont ils allaient revêtir la statue de bois « tombée du ciel ».